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Emploi : pas facile d'être jeune en Afrique

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Jan Rielaender, économiste au Centre de développement de l'OCDE.Jan Rielaender est économiste au Centre de développement de l’OCDE.

Les temps sont durs pour les jeunes Africains. Les performances économiques du continent sont bonnes, mais les emplois de qualité y sont rares. Même si le continent affiche des perspectives de croissance satisfaisantes, passant de 3.4 % en 2011 à 4.5 % en 2012, selon les estimations, 40 millions de jeunes sont privés de travail et beaucoup d’autres n’ont pas d’emploi décent.

A travers le monde, la crise économique a frappé les jeunes de plein fouet. Le taux de chômage des jeunes est bien plus élevé que celui des adultes dans bon nombre de pays. Ils sont en effet souvent les premiers à être licenciés, tandis que la concurrence à l’entrée du marché du travail devient de plus en plus féroce avec l’arrivée de chaque vague de diplômés. Les jeunes Africains ne sont pas épargnés par ce phénomène, mais leur situation est particulièrement difficile.

Dans certains pays, comme l’Afrique du Sud, le taux de chômage des jeunes atteint les 50 %. Dans d’autres, la plupart d’entre eux travaillent, mais ne gagnent pas assez pour vivre. Dans les deux cas, ces jeunes ont besoin que la croissance en Afrique crée des emplois plus nombreux et de meilleure qualité. Et ils ont besoin que ce changement s’opère vite. Au cours des 10 prochaines années, 130 millions de jeunes sortiront en effet du système éducatif et chercheront du travail. Or, le rythme actuel de création d’emplois est loin d’être suffisant.

Au cours des 10 prochaines années, 130 millions de jeunes sortiront du système éducatif et chercheront du travail.

L’édition 2012 des Perspectives économiques en Afrique, élaborée conjointement par la Banque africaine de développement, le Centre de développement de l’OCDE, le Programme des Nations Unies pour le développement et la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique, estime que sur les 200 millions de jeunes Africains âgés de 15 à 24 ans, 53 millions connaissent une situation d’emploi précaire, très souvent analogue à celle des travailleurs pauvres.

Quarante millions de jeunes Africains sont sans emploi. Et pourtant, seulement 18 millions d’entre eux en cherchent un ; les 22 millions restants ont abandonné toute recherche.

 

Des attentes bien précises

Étonnamment, les pays les plus pauvres d’Afrique comptent moins de jeunes chômeurs que leurs voisins mieux lotis. À mesure que les pays s’enrichissent et que les revenus y progressent, les consommateurs sont attirés par les marques connues et se détournent des produits locaux, jusque-là un moyen de subsistance pour de nombreux habitants. Avec l’augmentation des revenus, les familles disposent aussi de davantage de moyens pour venir en aide à leurs jeunes demandeurs d’emploi, lesquels peuvent donc se montrer plus sélectifs et rejeter des offres qui ne seront pas pourvues. Cette tendance se traduit par une hausse du chômage des jeunes et, potentiellement, par un alourdissement des coûts sociaux. L’amertume s’installe lorsque le « meilleur emploi » attendu ne vient pas. Le fait que ces nombreux jeunes soient désœuvrés, et restent sans travailler ni faire d’études, représente un véritable gaspillage. Ils sont la ressource la plus précieuse d’un pays.

En Afrique du Nord, les jeunes préfèreraient un emploi dans la fonction publique plutôt que dans le secteur privé.

Les jeunes Africains ont des attentes bien précises. Selon une enquête mondiale réalisée par Gallup, en Afrique du Nord, les jeunes préfèreraient un emploi dans la fonction publique plutôt que dans le secteur privé. Cependant, compte tenu des ressources publiques limitées et de la croissance démographique, l’État ne peut pas employer une forte proportion de jeunes. D’ailleurs, les Perspectives économiques en Afrique estiment que l’Égypte devrait créer environ 200 000 emplois publics chaque année pendant la décennie qui vient pour maintenir la part actuelle de la population qui travaille dans le secteur public.

De toute évidence, l’État ne peut pas procurer tous les emplois que les jeunes espèrent. Mais il peut toutefois aider le secteur privé à créer davantage d’emplois. Les grandes entreprises, locales et multinationales, sont la principale source d’emplois bien rémunérés. Mais ces entreprises sont encore trop rares. Elles ne peuvent embaucher qu’une infime proportion des jeunes demandeurs d’emploi. La plupart des emplois devront donc venir des petites entreprises, qui pullulent dans les pays d’Afrique. Il s’agit souvent d’affaires tenues par une seule personne, qui vendent des produits simples ou des services de réparation, ou encore mènent une activité manufacturière rudimentaire, comme la fabrication de mobilier. D’autres opèrent dans les hautes technologies ou Internet, et proposent des services modernes à un secteur des communications en plein essor. Beaucoup de ces petites entreprises ne sont pas officiellement déclarées, mais elles possèdent un fort potentiel et dégagent un rendement de 60-70 % sur leur capital chaque année. Elles se heurtent à des obstacles auxquels l’État peut remédier.

 

Petites entreprises

Premièrement, il faut mentionner l’attitude de l’État vis-à-vis des petites entreprises. L’histoire du vendeur de légumes tunisien Mohamed Bouazizi illustre bien l’importance des PME. Cet homme s’est immolé par le feu, ce qui a déclenché la révolution, parce que les fonctionnaires le harcelaient quotidiennement, confisquant son matériel et ses légumes et l’empêchant de faire prospérer son commerce et de nourrir sa famille. Au lieu de lui mettre des bâtons dans les roues, l’État aurait dû lui procurer les services et les incitations qui l’auraient conduit à déclarer son activité.

L’État doit concevoir des incitations pour pousser les banques à se rapprocher des petites entreprises.

 

Deuxièmement, les pouvoirs publics peuvent favoriser l’instauration d’un système d’assurance sociale adapté aux besoins des petites entreprises telles que celle de Mohamed Bouazizi. Fort de la sécurité que lui procure une assurance, le propriétaire d’une petite entreprise peut investir son bénéfice dans son affaire au lieu de gonfler son bas de laine en prévision de dépenses imprévues, comme par exemple des frais de santé pour les membres de sa famille.

Troisièmement, en Afrique, bien souvent, les chefs des petites entreprises n’ont pas accès aux crédits qui leur permettraient de développer leur activité. Même si, grâce à la microfinance, il est aujourd’hui plus facile de recevoir des financements de très faible montant, il reste très difficile d’obtenir des prêts de montant moyen, par exemple de 10 000 USD. La plupart des banques ne sont pas intéressées, car elles gagnent de l’argent plus aisément avec les entreprises plus grandes. L’État doit concevoir des incitations pour pousser les banques à se rapprocher des petites entreprises.

Quatrièmement, l’amélioration de la qualité des services pourrait jouer un rôle majeur. Ainsi, avec une fourniture d’électricité stable, beaucoup, surtout dans les zones rurales, pourraient se lancer dans une activité de production à petite échelle. Si l’alimentation électrique était fiable, certains jeunes pourraient, par exemple, démarrer une entreprise de couture.

 

Décalage entre les compétences et la demande des employeurs

Les pouvoirs publics pourraient également veiller à ce que les jeunes reçoivent une éducation plus proche de ce qu’ils ont besoin de savoir dans le monde du travail. En effet, en Afrique, beaucoup de jeunes sont victimes du décalage entre les compétences effectives et la demande des employeurs. Ils sont allés à l’école, certains même jusqu’à université, mais n’y ont pas acquis les compétences pratiques recherchées par les employeurs. De nombreuses entreprises souhaitent embaucher des jeunes possédant des qualifications techniques et capables de faire fonctionner des machines ou de superviser des processus de fabrication, et ne les trouvent pas. Parallèlement, l’Afrique est la région du monde qui compte la plus forte proportion d’étudiants dans les filières littéraires et des sciences sociales. Bon nombre de jeunes ayant fréquenté l’université se retrouvent ainsi au chômage. En Afrique du Sud, par exemple, les entreprises font état de 600 000 postes non pourvus, tandis que 800 000 jeunes diplômés de l’université sont sans emploi.

En Afrique, beaucoup de jeunes apprennent un métier auprès d’un maître artisan. Bien souvent, les compétences qu’ils acquièrent ainsi ne sont pas officiellement reconnues, ce qui les empêche d’avancer dans leur carrière. Les écoles peuvent faire énormément pour remédier à ces carences, surtout en tissant des liens avec le secteur privé local et en donnant aux jeunes l’opportunité d’obtenir une certification pour les compétences qu’ils ont acquises ailleurs.

Le nombre des jeunes en Afrique va doubler d’ici 2045, pour passer de 200 millions de personnes aujourd’hui à 400 millions. L’essor économique du continent est soutenu et le restera. Mais les pouvoirs publics comme les entreprises doivent redoubler d’efforts en faveur de la création d’emplois afin de faire de la croissance démographique une chance pour le continent.

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