Selon Donald Kaberuka, la BAD a investi 14 000 milliards de F CFA dans les infrastructures économiques en 8 ans.
La Banque mondiale mobilise 248 millions de dollars en appui à 2 millions de pasteurs du Sahel.
Brazzaville organise le Forum ICB 2015 – Investir au Congo Brazzaville - du 19 au 21 novembre prochain.

La fin de l'argent bon marché inquiète les pays africains

Increase font sizeDecrease font siz | Email | Print

Rand Siphiwe-Sibeko-ReutersLe possible changement de politique de la Réserve fédérale américaine qui, depuis la crise de 2008, achète massivement des actifs pour injecter des liquidités dans l'économie américaine, inquiète les pays africains. Ces dernier voient déjà les capitaux internationaux se retirer.

Depuis la crise de 2008, la politique monétaire accommodante des États-Unis, dite quantitative easing, a largement profité aux économies émergentes. Bien sûr, leur but n'était pas d'inciter les investisseurs à découvrir le potentiel de l'Afrique. C'est pour soutenir son économie et éviter une crise de la dette que la Réserve fédérale américaine (FED) a fait tourner la planche à billets dans des proportions inédites, maintenant les taux d'intérêt à un niveau extrêmement bas et rachetant à tour de bras des actifs pour quelque 85 milliards de dollars (63,6 milliards d'euros) chaque mois.

Mais cette politique a eu des effets collatéraux inespérés pour les pays africains. Premier avantage, leurs monnaies ont gagné de la valeur par rapport au billet vert, diminuant d'autant le coût des importations - un coup de pouce précieux pour nombre de pays à la balance commerciale déficitaire. Surtout, d'énormes liquidités se sont trouvées disponibles, alors même que les rendements dans les pays développés étaient au plus bas. Ces capitaux se sont donc naturellement dirigés vers les économies émergentes, plus rémunératrices. Nombre de pays africains ont ainsi pu se financer à moindre coût, et l'on a vu les émissions obligataires fleurir au sud du Sahara. Depuis 2007, près de 8 milliards de dollars ont été levés dans cette zone, hors Afrique du Sud. Rien qu'en 2013, le Nigeria a emprunté 1 milliard de dollars, le Ghana 750 millions, la Tanzanie 600 millions et le Rwanda 400 millions.

Lire aussi : 

Les marchés émergents dans la tourmente
Le Kenya s'apprête à émettre un eurobond de 1,5 milliard de dollars
Pourquoi la dette africaine attire les investisseurs
Rwanda : l'emprunt obligataire largement sursouscrit

Robinet

Las, les meilleures choses ont une fin, et le changement annoncé de politique monétaire aux États-Unis pourrait bien sonner la fin de cette période bénie d'argent facile et bon marché. En mai, la FED a une première fois indiqué qu'elle pourrait mettre fin aux injections massives de liquidités destinées à soutenir la croissance américaine. Depuis, les investisseurs scrutent le moindre signe annonciateur d'une reprise qui signerait le début de la fin de "l'assouplissement quantitatif".

Jusqu'ici, ni date ni calendrier n'ont été fermement avancés, et la fermeture du robinet de liquidités ne se fera pas immédiatement ni de manière brutale. Mais les investisseurs ont compris que la fête serait bientôt finie et commencé à rapatrier leurs capitaux vers les États-Unis, où le dollar s'est déjà considérablement renforcé. Pour les pays africains, cela pourrait entraîner la mise en place d'un cercle vicieux de renchérissement de la dette et des importations (notamment énergétiques), de dépréciation de la monnaie, de tarissement du crédit et de poussées inflationnistes. Un potentiel cauchemar.

Pour Angus Downie, le directeur de la recherche économique d'Ecobank, deux mouvements opposés sont actuellement à l'oeuvre. "Les rendements de certains titres souverains africains ont déjà subi une poussée à la hausse, ce qui renforce les monnaies de ces pays. Cependant, la hausse des rendements américains conduit à la fuite des capitaux d'Afrique et, par conséquent, affaiblit les monnaies."

Au rang des pays dont les devises flanchent, on trouve notamment l'Afrique du Sud, dont la monnaie a perdu près d'un cinquième de sa valeur par rapport au dollar depuis janvier. Le 28 août, le taux de change était de 10,4 rands pour 1 dollar, le plus bas niveau depuis quatre ans. Le ministre sud-africain des Finances, Pravin Gordhan, s'était d'ailleurs fendu d'une déclaration acerbe en juin à destination des États-Unis : "Gérez vos affaires intérieures et les affaires internationales de manière responsable, afin que les effets négatifs sur nos économies ne soient pas aussi graves."

taux-de-change-shilling-naira-dollar infoOutre l'Afrique du Sud, les craintes de dépréciation sont réelles pour d'autres grandes économies du continent, notamment le Kenya et le Nigeria, même si pour l'instant la stabilité prévaut. Une stabilité coûteuse : la Banque centrale du Nigeria a dépensé des milliards de dollars de réserve de change ces deux derniers mois pour maintenir le naira dans sa zone de fluctuation (- 3 % autour de la barre des 155 nairas pour 1 dollar).

Réfléchir

Du côté des dettes souveraines, les premiers nuages sont également apparus dans le ciel africain. Le Ghana, qui a réussi la deuxième émission obligataire de son histoire en juillet, empruntant 750 millions de dollars sur dix ans, a dû accepter un taux de 8 %, alors que les obligations mises en vente lors de la précédente opération, qui arrivent à échéance en 2017, s'échangeaient en avril à 4,24 % et encore autour de 6 % au moment même de la deuxième émission. Même tendance au Nigeria, où les taux consentis lors de la récente émission obligataire de 1 milliard de dollars (autour de 7 %) sont bien supérieurs à ce qu'ils auraient pu être il y a encore quelques mois. Le Sénégal, qui avait prévu d'émettre un nouvel emprunt international en octobre pour 500 millions de dollars, va peut-être devoir y réfléchir à deux fois.

Increase font sizeDecrease font siz | Email | Print

Autres articles

Maroc

Les banques marocaines à la fête

Les banques marocaines à la fête

Dix ans après leurs premières opérations d'expansion au sud du Sahara, les grands établissements chérifiens commencent à tirer les pleins bénéfices de leurs investissements. Le point.

Lire la suite

Développement

La Banque mondiale débloque 248 millions de dollars pour soutenir le pastoralisme au Sahel

La Banque mondiale débloque 248 millions de dollars pour soutenir le pastoralisme au Sahel

L'IDA, fonds du groupe Banque mondiale pour les pays les plus pauvres, a débloqué une enveloppe de 248 millions de dollars pour favoriser le développement du Sahel et renforcer les...

Lire la suite

Automobile

Renault, symbole de la voiture algérienne

Renault, symbole de la voiture algérienne

Depuis novembre 2014, l'usine de Oued Tlelat, près d'Oran, fabrique les premières voitures made in Algeria. Une expérience industrielle devenue un modèle dans le contexte actuel de crise pétrolière.

Lire la suite

Energie

Kenya : énergie en sous-sol

Kenya : énergie en sous-sol

Dans les profondeurs de la faille du Rift, les Kényans disposent d'une source d'énergie considérable. Et ils se donnent les moyens de l'exploiter de plus en plus efficacement. 40 %...

Lire la suite

Finance

Ecobank face à son avenir

Ecobank face à son avenir

Un peu plus d'un an après la crise qui l'a ébranlé, le groupe panafricain renoue avec les performances. Mais il doit encore régler plusieurs problèmes pour se développer sereinement, notamment...

Lire la suite

Conjoncture

Pourquoi les banques nigérianes peuvent surmonter la baisse du pétrole

Pourquoi les banques nigérianes peuvent surmonter la baisse du pétrole

La part de l'industrie des hydrocarbures dans l'ensemble des prêts des plus grands établissements a doublé depuis la chute des cours du baril de 2008. Mais le secteur est mieux...

Lire la suite

Agriculture

Côte d'Ivoire : la production de coton atteint 450 000 tonnes

Côte d'Ivoire : la production de coton atteint 450 000 tonnes

La Côte d'Ivoire a enregistré une production de coton record : 450 000 tonnes, au terme de la saison 2014/2015. Une hausse de 11 % par rapport à la saison...

Lire la suite

Institutions

Donald Kaberuka, artisan du retour de la BAD à Abidjan, critiqué par les francophones

Donald Kaberuka, artisan du retour de la BAD à Abidjan, critiqué par les francophones

Donald Kaberuka, qui quitte bientôt la présidence de la Banque africaine de développement (BAD), laisse une institution financièrement solide, mais a été accusé d'avoir délaissé les pays francophones au profit...

Lire la suite

Finance

Equity Bank va acquérir ProCredit Bank Congo

Equity Bank va acquérir ProCredit Bank Congo

Equity Bank va prendre le contrôle de ProCredit Bank Congo, 7e banque en République démocratique du Congo. Le groupe bancaire kényan a lancé cette année un programme d'expansion à travers...

Lire la suite

Coulisses

Mode d'emploi et favoris : l'élection du président de la BAD en 5 questions

Mode d'emploi et favoris : l'élection du président de la BAD en 5 questions

Le 28 mai, la Banque africaine de développement élira un nouveau président. "Jeune Afrique" décrypte pour vous tous les ressorts de cette élection et livre une analyse exclusive des chances...

Lire la suite

Finance

Moody's relève les perspectives de la Tunisie

Moody's relève les perspectives de la Tunisie

Moody's a confirmé la note de crédit de la Tunisie ("Ba3") et relevé ses perspectives de "négatives" à "stables". Une amélioration que l'agence de notation explique par le redressement de...

Lire la suite

Politique économique

Chute des cours du pétrole : l'Algérie annonce de nouvelles mesures fiscales

Chute des cours du pétrole : l'Algérie annonce de nouvelles mesures fiscales

Alors que le déficit commercial de l'Algérie explose (- 4,32 milliards de dollars à la fin avril), l'Algérie prépare de nouvelles mesures pour encourager l'investissement "productif" et alléger la facture...

Lire la suite

Maroc

Affaire Samanah : Hennessy et Crenn rattrapés par la justice

Affaire Samanah : Hennessy et Crenn rattrapés par la justice

Ce qui aurait dû être l'un des plus beaux projets touristiques de Marrakech vient de se transformer en un scandale juridico-financier, a appris "Jeune Afrique". Sur le banc des accusés...

Lire la suite

Obligations

Finance islamique : l'Afrique convertie au sukuk

Finance islamique : l'Afrique convertie au sukuk

L'Afrique du Sud et le Sénégal ont émis leur première obligation islamique. La Côte d'Ivoire, le Niger et le Nigeria pourraient les suivre. Mais l'opération reste complexe.

Lire la suite

Énergie

Avec Actis, le camerounais Eneo espère avoir trouvé sa bonne fée

Avec Actis, le camerounais Eneo espère avoir trouvé sa bonne fée

Après la prise de contrôle du capital-investisseur britannique, l'opérateur national d'électricité est en mutation. Mais la réorganisation du secteur et les relations avec l'État compliquent la donne.

Lire la suite

Économie

Nigeria : le premier producteur de pétrole en Afrique à court d'essence

Nigeria : le premier producteur de pétrole en Afrique à court d'essence

La pénurie d'essence qui paralyse le Nigeria depuis près d'un mois serait sur le point d'être résolue. Une entente entre les importateurs de carburant et l'État a été conclue le...

Lire la suite

Finance

Souscription : la branche auto du groupe Loukil trouve son public

Souscription : la branche auto du groupe Loukil trouve son public

La souscription aux actions d'UADH, la branche automobile du groupe tunisien Loukil, a suscité une forte demande du marché. L'Offre à prix ferme a été sursouscrite plus de cinq fois,...

Lire la suite

Finance

Sous pavillon marocain, Banque Atlantique investit sur tous les fronts

Sous pavillon marocain, Banque Atlantique investit sur tous les fronts

La greffe de 2012 avec Banque populaire a pris. En forte progression, le groupe panafricain se diversifie, misant aussi bien sur les infrastructures que sur la microfinance.

Lire la suite

Institutions

Abidjan : plus de 4 500 personnes aux Assemblées de la Banque africaine de développement

Abidjan : plus de 4 500 personnes aux Assemblées de la Banque africaine de développement

Six chefs d'État, un vice-président et deux Premiers ministres ont participé à l'ouverture officielle des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement, le 26 mai. Avec deux temps forts...

Lire la suite

Conjoncture

Perspectives économiques : la BAD appelle à "libérer le potentiel des économies locales"

Perspectives économiques : la BAD appelle à

Le rapport "Perspectives économiques en Afrique 2015", impulsé par la Banque africaine de développement, appelle les États du continent à mobiliser le potentiel "immense et largement inexploité" de leurs territoires.

Lire la suite

Actu

Cette semaine dans Jeune Afrique

Cette semaine dans Jeune Afrique

Cette semaine, "Jeune Afrique" brosse le portrait de Nassef Sawiris. Le benjamin et le plus effacé des fils du magnat égyptien Onsi Sawiris est déjà la première fortune d'Afrique du...

Lire la suite

Nos offres

Top 500
nosOffresTop500

Découvrez le classement exclusif des 500 premières entreprises africaines.

Découvrir le Hors-série

Top 200
nosOffresTop200

Découvrez le classement exclusif des 200 premières banques africaines.

Découvrir le Hors-série

L'État de l'Afrique
nosOffresEaf

Toutes les clés pour comprendre les (r)évolutions africaines.

Découvrir le Hors-série

  1. LogoSIFIJA
  2. LogoJA_off
  3. LogoTAR_off
  4. LogoRVI_off
  5. LogoJAG_off
  6. LogoBoutique_off
© Jeune Afrique Économie 2012 - Mentions légales | Charte d'utilisation des espaces de dialogue | Contact | Tags