Philippe Mellier : "Nos diamants sont des produits rares"

Increase font sizeDecrease font siz | Email | Print

Philippe Mellier, directeur général de De Beers. © Kalpesh LathigraDésormais majoritairement contrôlé par Anglo American, De Beers est le leader incontesté du secteur diamantifère. Son patron détaille ses activités en Afrique australe.

Bien que français, Philippe Mellier est parfaitement à l'aise à la tête de De Beers, vieille dame anglo-saxonne de 125 ans. Nicky Oppenheimer, président du leader mondial du diamant, a fait appel en mai 2011 à cet ingénieur passé par Ford, Renault, Volvo puis Alstom. Le profil d'industriel de ce familier des négociations musclées avec les États y est pour beaucoup.

Jeune Afrique : Quelles sont les conséquences de la prise de participation majoritaire d'Anglo American au sein de De Beers ?

Cliquez sur l'image.Philippe Mellier : Concrètement, la marche de nos affaires a été peu affectée par notre intégration dans le groupe, que je considère comme naturelle. Anglo American était auparavant le premier actionnaire de De Beers, avec 40 % des parts. La famille Oppenheimer a fondé nos deux compagnies. Je connais bien Cynthia Carroll, l'ex-directrice générale d'Anglo American, qui était déjà parfaitement au courant de nos activités en tant que membre de notre conseil d'administration. Depuis le bouclage de l'opération, en août 2012, nous avons mutualisé certaines fonctions comme la logistique et notre gestion des ressources humaines. Mais pour le reste, De Beers fonctionne comme avant, car notre métier est bien différent de celui des autres filiales d'Anglo American, qui se consacrent aux métaux précieux ou de base.

Comment réagissez-vous à la nomination de Mark Cutifani à la tête d'Anglo American, annoncée le 8 janvier ?

À ce moment-là, j'étais à New York pour y rencontrer des partenaires commerciaux. Je ne le connais pas encore personnellement, mais je sais qu'il était un excellent candidat pour succéder à Cynthia Carroll, du fait de sa crédibilité acquise à la tête d'AngloGold Ashanti en Afrique du Sud. Nous aurons bien besoin de lui pour nos opérations là-bas, essentielles pour le groupe. Il ne connaît pas le monde du diamant, mais je ne me fais pas de soucis : il va apprendre !

Quelle est votre stratégie industrielle ?

D'abord, il faut comprendre que le diamant n'est pas une commodité [matière première ayant un cours international, NDLR]. Nos pierres sont des produits rares, chacune d'entre elles a son propre prix. Nous pouvons attendre avant de vendre : notre stratégie extractive ne dépend pas uniquement du marché. Notre niveau actuel de production minière, 27 millions de carats en 2012, demeure inférieur à celui de 2007. Il n'y a pas eu de grande découverte de gisement de diamants depuis près de vingt ans et nombre de mines existantes sont vieillissantes... Il ne faut donc pas s'attendre à un bond de la production en 2013.

Les prix du diamant ont augmenté de 65 % entre 2008 et 2011... Peut-on dire qu'il est devenu une valeur refuge ?

Le diamant n'est pas une matière première liquide sur les places boursières, comme l'or ou le platine. Il n'est donc pas une valeur refuge au sens strict du terme. Quand on offre un diamant de joaillerie, on veut donner une élégance intemporelle à quelqu'un. Globalement, depuis des années, le prix du diamant de joaillerie ne fait qu'augmenter, même s'il y a eu des baisses passagères. On sait qu'un jour on peut revendre un diamant, mais ce n'est certainement pas un achat spéculatif.

Quelle est la place de l'Afrique dans la stratégie de De Beers ?

Nous sommes bien implantés au Botswana, en Namibie et en Afrique du Sud. Dans ces trois pays, nous sommes à chaque fois associés avec les États. Au Botswana, Debswana, présidé par Eric Molale et basé à Gaborone, est une coentreprise à parts égales avec les autorités.

Au Botswana, 15 % des pierres appartiennent à l'État, qui les distribue pour son propre compte.

Nous comptons deux filiales en Namibie, elles aussi en coentreprises : Namdeb Coastal Mines, consacrée aux diamants terrestres, et Debmarine Namibia, qui extrait les pierres en mer. Enfin, en Afrique du Sud, Ponahalo Holdings, propriété d'actionnaires noirs, détient 26 % de nos opérations dans le pays, conformément à la politique du Black Economic Empowerment.

Comment évoluent les relations avec vos partenaires locaux ? On sait que les négociations minières peuvent être musclées, notamment en Afrique...

En réalité, dans le monde du diamant, le plus dur à négocier, ce n'est pas l'organisation de la production minière, mais plutôt la répartition des diamants produits. Au Botswana, on peut dire que nous avons atteint un bon équilibre en la matière. Aujourd'hui, 15 % des pierres botswanaises sont la propriété de l'État, qui en assure la distribution pour son propre compte, alors qu'il y a dix ans, il ne percevait que des taxes et royalties.

Où en est le transfert des activités de tri, de taille et de commercialisation des diamants au Botswana ?

Cliquez sur l'image.Pour des raisons économiques et de traçabilité, nous cherchons à ce que la taille des diamants soit effectuée au plus près des mines par des partenaires locaux sérieux, et non pas par De Beers. Contrairement à ce que l'on croit, Anvers, New York et Tel-Aviv ne sont plus les centres de la taille de diamant dans le monde, même si les pierres exceptionnelles y sont encore travaillées. Désormais, c'est l'Inde qui est en pointe en la matière. Au Botswana, nous nous sommes lancés dans une organisation originale : nous avons transféré à Gaborone nos activités de tri, d'agrégation et de vente des diamants du pays. Cela représente une équipe de 150 personnes, composée à 40 % d'expatriés venus de nos bureaux de Londres. Mais, à terme, cette proportion diminuera. En comparaison, nos mines ont beaucoup plus d'impact sur l'emploi.

Vous menez des activités d'exploration en Afrique pour trouver de nouvelles pierres. Êtes-vous prêt à ouvrir de nouvelles mines sur le continent ?

De Beers a découvert la majorité des mines de diamants du globe et dispose de la meilleure expertise. Le processus d'exploration est complexe ; il prend souvent plus de douze ans. Nous recherchons le diamant dans les parties les plus anciennes de la couche terrestre. Sur le continent africain, nous explorons d'abord des zones situées autour de nos mines existantes, en Namibie et au Botswana notamment. Depuis plusieurs années, nous réalisons aussi des sondages en Angola, mais pour le moment je ne peux pas dire si nous pourrons un jour y ouvrir une mine. À plus court terme, nous sommes davantage focalisés sur le Canada.

Pourquoi n'explorez-vous pas les possibilités de développement en Sierra Leone, en RD Congo, en Centrafrique et au Zimbabwe, des pays où l'on sait qu'il y a du diamant ?

Notre principe est d'aller là où l'on pense pouvoir ouvrir une mine. L'exploration coûte excessivement cher, et notre budget, de plusieurs dizaines de millions de dollars, est restreint. C'est vrai, les s ous-sols des pays que vous évoquez recèlent de bons potentiels, mais pour des raisons économiques nous préférons nous concentrer sur les pays où nous sommes déjà présents et où il existe une certaine stabilité politique. Quand nous ouvrons une mine, nous voulons que la traçabilité et le bon fonctionnement de nos opérations soient garantis.

Increase font sizeDecrease font siz | Email | Print

Autres articles

Maroc

Affaire Samanah : Hennessy et Crenn rattrapés par la justice

Affaire Samanah : Hennessy et Crenn rattrapés par la justice

Ce qui aurait dû être l'un des plus beaux projets touristiques de Marrakech vient de se transformer en un scandale juridico-financier, a appris "Jeune Afrique". Sur le banc des accusés...

Lire la suite

Obligations

Finance islamique : l'Afrique convertie au sukuk

Finance islamique : l'Afrique convertie au sukuk

L'Afrique du Sud et le Sénégal ont émis leur première obligation islamique. La Côte d'Ivoire, le Niger et le Nigeria pourraient les suivre. Mais l'opération reste complexe.

Lire la suite

Énergie

Avec Actis, le camerounais Eneo espère avoir trouvé sa bonne fée

Avec Actis, le camerounais Eneo espère avoir trouvé sa bonne fée

Après la prise de contrôle du capital-investisseur britannique, l'opérateur national d'électricité est en mutation. Mais la réorganisation du secteur et les relations avec l'État compliquent la donne.

Lire la suite

Économie

Nigeria : le premier producteur de pétrole en Afrique à court d'essence

Nigeria : le premier producteur de pétrole en Afrique à court d'essence

La pénurie d'essence qui paralyse le Nigeria depuis près d'un mois serait sur le point d'être résolue. Une entente entre les importateurs de carburant et l'État a été conclue le...

Lire la suite

Finance

Souscription : la branche auto du groupe Loukil trouve son public

Souscription : la branche auto du groupe Loukil trouve son public

La souscription aux actions d'UADH, la branche automobile du groupe tunisien Loukil, a suscité une forte demande du marché. L'Offre à prix ferme a été sursouscrite plus de cinq fois,...

Lire la suite

Finance

Sous pavillon marocain, Banque Atlantique investit sur tous les fronts

Sous pavillon marocain, Banque Atlantique investit sur tous les fronts

La greffe de 2012 avec Banque populaire a pris. En forte progression, le groupe panafricain se diversifie, misant aussi bien sur les infrastructures que sur la microfinance.

Lire la suite

Institutions

Abidjan : plus de 4 500 personnes aux Assemblées de la Banque africaine de développement

Abidjan : plus de 4 500 personnes aux Assemblées de la Banque africaine de développement

Six chefs d'État, un vice-président et deux Premiers ministres ont participé à l'ouverture officielle des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement, le 26 mai. Avec deux temps forts...

Lire la suite

Conjoncture

Perspectives économiques : la BAD appelle à "libérer le potentiel des économies locales"

Perspectives économiques : la BAD appelle à

Le rapport "Perspectives économiques en Afrique 2015", impulsé par la Banque africaine de développement, appelle les États du continent à mobiliser le potentiel "immense et largement inexploité" de leurs territoires.

Lire la suite

Actu

Cette semaine dans Jeune Afrique

Cette semaine dans Jeune Afrique

Cette semaine, "Jeune Afrique" brosse le portrait de Nassef Sawiris. Le benjamin et le plus effacé des fils du magnat égyptien Onsi Sawiris est déjà la première fortune d'Afrique du...

Lire la suite

Télécoms

Crystal Ventures cède en bourse sa participation dans MTN Rwanda

Crystal Ventures cède en bourse sa participation dans MTN Rwanda

Crystal Ventures, fonds d'investissement du Front patriotique rwandais, cède en bourse la participation de sa filiale Crystal Telecom dans l'opérateur MTN Rwanda. L'opération devrait permettre de lever plus de 28...

Lire la suite

Portrait

Maroc : Miriem Bensalah Chaqroun, acte II

Maroc : Miriem Bensalah Chaqroun, acte II

La présidente de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) a sorti le patronat de sa torpeur, devenant un interlocuteur privilégié du gouvernement et des syndicats. Sans surprise, elle...

Lire la suite

Interview

Ilyas Moussa Dawaleh : "D'autres institutions ont une meilleure appréciation des défis à relever"

Ilyas Moussa Dawaleh :

Tout en soulignant les efforts réalisés par la Banque mondiale dans la région, Ilyas Moussa Dawaleh, ministre de l'Économie et des Finances de la République de Djibouti, se félicite de...

Lire la suite

Innovation

Orange lance la 5e édition du prix de l'entrepreneur social en Afrique

Orange lance la 5e édition du prix de l'entrepreneur social en Afrique

Orange a lancé l'appel à candidatures de l'édition 2015 du prix de l'entrepreneur social en Afrique, qui récompense chaque année des projets visant à promouvoir le développement du continent africain...

Lire la suite

Institutions

Quand la Banque mondiale tombe de son piédestal

Quand la Banque mondiale tombe de son piédestal

C'est une première depuis sa création : l'agence de l'ONU est concurrencée sur la scène internationale. Face à de nouvelles alternatives venues des pays émergents comme la Banque asiatique d'investissement...

Lire la suite

Energie

Maroc : Acwa Power a bouclé le financement des centrales solaires Noor II et Noor III

Maroc : Acwa Power a bouclé le financement des centrales solaires Noor II et Noor III

L'Agence marocaine pour l'énergie solaire et son partenaire, le saoudien Acwa Power, indiquent avoir bouclé le financement nécessaire pour la construction des complexes Noor II et Noor III. D'un coût...

Lire la suite

Agroalimentaire

Huile de table : Lesieur Cristal monte en gamme pour conforter sa position au Maroc

Huile de table : Lesieur Cristal monte en gamme pour conforter sa position au Maroc

Lesieur Cristal améliore son produit-phare pour conforter, dans un marché peu dynamique, son statut de leader marocain de l'huile de table. Une petite "révolution" pour l'entreprise qui vise aussi à...

Lire la suite

Entreprises

Côte d'Ivoire : le plan Phoenix pour les PME est-il menacé ?

Côte d'Ivoire : le plan Phoenix pour les PME est-il menacé ?

Jean-Louis Billon a perdu les portefeuilles de l'artisanat et des PME lors du dernier remaniement gouvernemental en Côte d'Ivoire. Qu'adviendra-t-il du plan Phoenix pour les PME qu'il a initié ?

Lire la suite

Automobile

Bientôt une usine marocaine pour PSA Peugeot Citroën

Bientôt une usine marocaine pour PSA Peugeot Citroën

Selon l'agence "Bloomberg", non démentie par PSA Peugeot Citroën, ce dernier prévoit d'ouvrir une usine au Maroc d'une capacité inférieure à 100 000 véhicules par an. Probablement à Tanger.

Lire la suite

Transparence

Minerais de sang : le Parlement européen adopte des mesures contraignantes

Minerais de sang : le Parlement européen adopte des mesures contraignantes

Les députés européens ont voté en faveur d'un texte soumettant les importateurs de métaux précieux à s'assurer qu'ils ne proviennent pas de l'exploitation illicite de mines dans des zones en...

Lire la suite

Automobile

Le distributeur Soeximex dopé par le Sénégal

Le distributeur Soeximex dopé par le Sénégal

Le groupe français prospère dans l'ombre de son concurrent CFAO. Notamment grâce à son partenariat exclusif avec La Sénégalaise de l'Automobile au pays de la Teranga.

Lire la suite

Infrastructures

L'émirati Enoc s'ancre dans le port de Berbera

L'émirati Enoc s'ancre dans le port de Berbera

Emirates National Oil Company est bien partie pour remporter le contrat de gestion du terminal pétrolier du port de Berbera, au Somaliland, selon les informations recueillies par "Jeune Afrique".

Lire la suite

Nos offres

Top 500
nosOffresTop500

Découvrez le classement exclusif des 500 premières entreprises africaines.

Découvrir le Hors-série

Top 200
nosOffresTop200

Découvrez le classement exclusif des 200 premières banques africaines.

Découvrir le Hors-série

L'État de l'Afrique
nosOffresEaf

Toutes les clés pour comprendre les (r)évolutions africaines.

Découvrir le Hors-série

  1. LogoSIFIJA
  2. LogoJA_off
  3. LogoTAR_off
  4. LogoRVI_off
  5. LogoJAG_off
  6. LogoBoutique_off
© Jeune Afrique Économie 2012 - Mentions légales | Charte d'utilisation des espaces de dialogue | Contact | Tags