Selon Donald Kaberuka, la BAD a investi 14 000 milliards de F CFA dans les infrastructures économiques en 8 ans.
La Banque mondiale mobilise 248 millions de dollars en appui à 2 millions de pasteurs du Sahel.
Brazzaville organise le Forum ICB 2015 – Investir au Congo Brazzaville - du 19 au 21 novembre prochain.

Capital-investissement : Abraaj l'émergent

Increase font sizeDecrease font siz | Email | Print

En 2007, le fonds a investi avec succès dans la première compagnie aérienne low cost du monde arabe. © AFPÉlu fonds africain de l'année durant le Africa CEO Forum, le financier dirigé depuis sept hubs à travers le monde - dont un à Nairobi -, gère près de 6 milliards d'euros investis dans des entreprises du Sud. L'Afrique est plus que jamais à son programme.

TPG, Blackstone, KKR, Goldman Sachs, Carlyle... Dans le classement annuel des 50 plus gros investisseurs en fonds propres du monde, il est depuis quelques années un nom qui frappe : Abraaj Capital. Au milieu des financiers basés aux États-Unis, à Londres ou à Paris, le capital-investisseur né à Dubaï il y a tout juste dix ans a su rapidement se faire une place. Au 40e rang mondial dans le classement 2012 du magazine Private Equity International, Abraaj n'est pas loin derrière les géants européens que sont PAI Partners (34e) ou Axa Private Equity (35e).

« Nous sommes le plus important investisseur en private equity sur les marchés émergents », se réjouit Tom Speechley, l'un des dix membres du conseil d'administration d'Abraaj, dont le capital reste en partie contrôlé par le management. Avec 7,5 milliards de dollars (5,9 milliards d'euros) d'actifs sous gestion à la mi-2012, 36 bureaux à travers le monde, 230 professionnels et plus de 200 souscripteurs de tous horizons dans ses fonds, le financier rayonne dans presque tous les pays émergents. Et ne veut plus être considéré comme un investisseur émirati. « Nous ne voulons plus être appelés ainsi, lâche Tom Speechley. Dubaï n'est qu'un des sept hubs [avec Singapour, Bombay, Bogotá, Istanbul, Londres et Nairobi, NDLR] que nous avons développés à travers le monde et dans lesquels est réparti le management senior. Ce n'est plus le centre de gravité du groupe. »

Ses équipes comptent plus de 50 nationalités, son portefeuille quelque 150 entreprises.

Né en 2002 sous l'impulsion d'Arif Naqvi, Abraaj s'est mué depuis quelques années en symbole de la finance transnationale. Plus de 50 nationalités composent ses équipes, et les 150 entreprises que compte aujourd'hui son portefeuille opèrent de l'Inde au Maroc, en passant par le Pakistan, le Liban, la Turquie, l'Égypte... Depuis le rachat en août 2011 du fonds Kantara et de ses équipes de gestion, acquis auprès du français Amundi, Abraaj a également fortement dopé sa présence au Maghreb, où Kantara comptait déjà plusieurs participations, principalement dans des PME marocaines et tunisiennes.

De la zambie au sénégal

L'annonce, quelques mois plus tard, de l'acquisition de l'un des plus importants capital-investisseurs dans les PME des pays émergents en général et en Afrique en particulier, Aureos Capital, a fini de le transformer en véritable multinationale de l'investissement en fonds propres. À la suite de cette dernière opération, finalisée au milieu de l'année 2012, Abraaj a récupéré des participations des Philippines au Costa Rica, en passant par de nombreux pays africains tels que le Kenya, l'Afrique du Sud, la Zambie ou encore le Sénégal.

Le virage africain pris par Abraaj s'explique aisément : « Si nous ne délivrons pas une bonne rentabilité, autour de 20 % par an, aux souscripteurs de nos fonds, ils iront voir ailleurs. Pour l'instant, avec 50 sorties réalisées ayant rapporté 2,9 fois les sommes investies, nous y parvenons. Mais nous sommes convaincus que l'Afrique peut également fournir ce niveau de performance. C'est un moment historique pour y investir. » Plutôt que d'organiser des allers-retours en avion, comme certains autres grands financiers internationaux, Abraaj s'est mis en quête de compétences locales et d'une présence effective en Afrique. « Nous sommes un pionnier sur les marchés émergents, souligne Tom Speechley, qui a pris la tête d'Aureos Capital, désormais le pôle PME pour tout le groupe. Et nous avons appris quelque chose : il faut être présent sur place pour réussir. Le plus grand risque est le manque de connaissance locale et de réseau. »

Expérience

Aujourd'hui, un peu plus de 10 % des actifs gérés par Abraaj sont consacrés à l'Afrique. Avec 600 millions de dollars sous gestion au sud du Sahara et environ 200 autres millions dans le nord du continent, le financier n'a certes pas encore atteint la taille des plus grands, comme Emerging Capital Partners, Actis ou Helios Investment Partners, qui gèrent tous plus de 1 milliard de dollars en Afrique. Mais il a des atouts non négligeables pour se hisser à leur hauteur. Ainsi, la trentaine de professionnels venus d'Aureos, constitué en 2001 à partir d'équipes qui opéraient déjà au sein de l'agence de développement britannique CDC, affichent jusqu'à une vingtaine d'années d'expérience chacun.

C'est un moment historique pour investir sur le continent.
Tom Speechely, PDG d'Aureos Capital

Abraaj dispose également de neuf bureaux africains et d'une panoplie de fonds qui lui permettent d'investir à la fois dans les PME subsahariennes et dans les grandes entreprises du continent. Preuve de cette diversité, deux investissements réalisés au premier semestre 2012 : 125 millions de dollars injectés au capital de l'assureur marocain Saham Finances et 1,7 million de dollars dans la clinique togolaise Biasa. La première opération, réalisée via le fonds Abraaj Private Equity Fund IV (2 milliards de dollars), et la seconde, bouclée avec le fonds dévolu à la santé Africa Health Fund (105 millions de dollars), partagent la même finalité : financer la croissance. Dans un cas, l'apport de capitaux a déjà permis de racheter un assureur de premier plan au Liban pour piloter la conquête des marchés moyen-orientaux. Dans l'autre, l'objectif est de permettre à la clinique de financer son plan d'expansion de 5 millions de dollars, visant à satisfaire une demande croissante dans la sous-région. Ces deux opérations lui ont valu d'être nommé fonds africain de l'année lors du Africa CEO Forum, qui s'est tenu à Genève en octobre dernier.

« L'investissement parfait, c'est celui qui se fait dans une compagnie qui deviendra un leader mondial, sourit Tom Speechley. Mais ce que nous regardons en premier, c'est le succès sur le marché domestique. Les ambitions régionales viennent après. » En Afrique, Abraaj dispose encore d'une belle capacité d'investissement avec, notamment, le fonds panafricain Aureos Africa Fund (381 millions de dollars). Le financier refuse a priori d'investir dans des entreprises opérant dans l'exploration pétrolière ou minière, mais regarde plutôt vers des secteurs tels que les services pétroliers, les biens de consommation et la distribution, la santé, l'agrobusiness, les infrastructures et la logistique.

Projecteurs

Tout comme celle des américains Carlyle et KKR, l'arrivée d'Abraaj sur la scène du capital-investissement africain a un autre avantage : braquer les projecteurs des financiers sur le continent. Abraaj pourrait tenter de lever deux nouveaux fonds africains, l'un pour le sud du Sahara et l'autre pour le Nord. Alors qu'il affiche plus de 200 souscripteurs venus de toutes les régions du monde dans ses fonds précédents, la nouvelle est de bon augure : malgré une expérience désormais conséquente, la plupart des capital-investisseurs africains doivent en effet encore s'en remettre aux agences de développement pour boucler leurs fonds. Selon Tom Speechley, les souscripteurs habituels d'Abraaj sont essentiellement des privés : des institutions financières, des particuliers (très) fortunés, des fonds de pension... De quoi donner de l'espoir à toute une profession.

Cliquez sur l'image.

Increase font sizeDecrease font siz | Email | Print

Autres articles

Institutions

Akinwumi Adesina, élu président de la Banque africaine de développement

Akinwumi Adesina, élu président de la Banque africaine de développement

Les 80 gouverneurs de la Banque africaine de développement, réunis ce jeudi 28 mai à Abidjan, ont choisi Akinwumi Adesina pour succéder au Rwandais Donald Kaberuka à la présidence de l'institution...

Lire la suite

Interview

François Colin Nkoa : "La confiance mutuelle entre les différentes administrations sera nécessaire"

François Colin Nkoa :

Les chefs de l'Etat de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée Equatoriale, Tchad et RCA) ont décidé, le 06 mai 2015, à Libreville, de...

Lire la suite

Aérien

Le gouvernement kényan accorde un prêt de 43 millions de dollars à Kenya Airways

Le gouvernement kényan accorde un prêt de 43 millions de dollars à Kenya Airways

La compagnie aérienne Kenya Airways, en difficultés en raison notamment d'une baisse du tourisme liée à Ebola, va bénéficier d’un prêt de 4,2 milliards de shillings kényans (43 millions de...

Lire la suite

Marchés

Au Maroc et en Tunisie, les introductions en Bourse font pschitt

Au Maroc et en Tunisie, les introductions en Bourse font pschitt

À Casablanca comme à Tunis, les titres récemment cotés ne tiennent pas leurs promesses, connaissant presque tous des chutes vertigineuses. À qui la faute ?

Lire la suite

Maroc

Les banques marocaines à la fête

Les banques marocaines à la fête

Dix ans après leurs premières opérations d'expansion au sud du Sahara, les grands établissements chérifiens commencent à tirer les pleins bénéfices de leurs investissements. Le point.

Lire la suite

Développement

La Banque mondiale débloque 248 millions de dollars pour soutenir le pastoralisme au Sahel

La Banque mondiale débloque 248 millions de dollars pour soutenir le pastoralisme au Sahel

L'IDA, fonds du groupe Banque mondiale pour les pays les plus pauvres, a débloqué une enveloppe de 248 millions de dollars pour favoriser le développement du Sahel et renforcer les...

Lire la suite

Automobile

Renault, symbole de la voiture algérienne

Renault, symbole de la voiture algérienne

Depuis novembre 2014, l'usine de Oued Tlelat, près d'Oran, fabrique les premières voitures made in Algeria. Une expérience industrielle devenue un modèle dans le contexte actuel de crise pétrolière.

Lire la suite

Energie

Kenya : énergie en sous-sol

Kenya : énergie en sous-sol

Dans les profondeurs de la faille du Rift, les Kényans disposent d'une source d'énergie considérable. Et ils se donnent les moyens de l'exploiter de plus en plus efficacement. 40 %...

Lire la suite

Finance

Ecobank face à son avenir

Ecobank face à son avenir

Un peu plus d'un an après la crise qui l'a ébranlé, le groupe panafricain renoue avec les performances. Mais il doit encore régler plusieurs problèmes pour se développer sereinement, notamment...

Lire la suite

Conjoncture

Pourquoi les banques nigérianes peuvent surmonter la baisse du pétrole

Pourquoi les banques nigérianes peuvent surmonter la baisse du pétrole

La part de l'industrie des hydrocarbures dans l'ensemble des prêts des plus grands établissements a doublé depuis la chute des cours du baril de 2008. Mais le secteur est mieux...

Lire la suite

Agriculture

Côte d'Ivoire : la production de coton atteint 450 000 tonnes

Côte d'Ivoire : la production de coton atteint 450 000 tonnes

La Côte d'Ivoire a enregistré une production de coton record : 450 000 tonnes, au terme de la saison 2014/2015. Une hausse de 11 % par rapport à la saison...

Lire la suite

Institutions

Donald Kaberuka, artisan du retour de la BAD à Abidjan, critiqué par les francophones

Donald Kaberuka, artisan du retour de la BAD à Abidjan, critiqué par les francophones

Donald Kaberuka, qui quitte bientôt la présidence de la Banque africaine de développement (BAD), laisse une institution financièrement solide, mais a été accusé d'avoir délaissé les pays francophones au profit...

Lire la suite

Finance

Equity Bank va acquérir ProCredit Bank Congo

Equity Bank va acquérir ProCredit Bank Congo

Equity Bank va prendre le contrôle de ProCredit Bank Congo, 7e banque en République démocratique du Congo. Le groupe bancaire kényan a lancé cette année un programme d'expansion à travers...

Lire la suite

Coulisses

Mode d'emploi et favoris : l'élection du président de la BAD en 5 questions

Mode d'emploi et favoris : l'élection du président de la BAD en 5 questions

Le 28 mai, la Banque africaine de développement élira un nouveau président. "Jeune Afrique" décrypte pour vous tous les ressorts de cette élection et livre une analyse exclusive des chances...

Lire la suite

Finance

Moody's relève les perspectives de la Tunisie

Moody's relève les perspectives de la Tunisie

Moody's a confirmé la note de crédit de la Tunisie ("Ba3") et relevé ses perspectives de "négatives" à "stables". Une amélioration que l'agence de notation explique par le redressement de...

Lire la suite

Politique économique

Chute des cours du pétrole : l'Algérie annonce de nouvelles mesures fiscales

Chute des cours du pétrole : l'Algérie annonce de nouvelles mesures fiscales

Alors que le déficit commercial de l'Algérie explose (- 4,32 milliards de dollars à la fin avril), l'Algérie prépare de nouvelles mesures pour encourager l'investissement "productif" et alléger la facture...

Lire la suite

Maroc

Affaire Samanah : Hennessy et Crenn rattrapés par la justice

Affaire Samanah : Hennessy et Crenn rattrapés par la justice

Ce qui aurait dû être l'un des plus beaux projets touristiques de Marrakech vient de se transformer en un scandale juridico-financier, a appris "Jeune Afrique". Sur le banc des accusés...

Lire la suite

Obligations

Finance islamique : l'Afrique convertie au sukuk

Finance islamique : l'Afrique convertie au sukuk

L'Afrique du Sud et le Sénégal ont émis leur première obligation islamique. La Côte d'Ivoire, le Niger et le Nigeria pourraient les suivre. Mais l'opération reste complexe.

Lire la suite

Énergie

Avec Actis, le camerounais Eneo espère avoir trouvé sa bonne fée

Avec Actis, le camerounais Eneo espère avoir trouvé sa bonne fée

Après la prise de contrôle du capital-investisseur britannique, l'opérateur national d'électricité est en mutation. Mais la réorganisation du secteur et les relations avec l'État compliquent la donne.

Lire la suite

Économie

Nigeria : le premier producteur de pétrole en Afrique à court d'essence

Nigeria : le premier producteur de pétrole en Afrique à court d'essence

La pénurie d'essence qui paralyse le Nigeria depuis près d'un mois serait sur le point d'être résolue. Une entente entre les importateurs de carburant et l'État a été conclue le...

Lire la suite

Finance

Souscription : la branche auto du groupe Loukil trouve son public

Souscription : la branche auto du groupe Loukil trouve son public

La souscription aux actions d'UADH, la branche automobile du groupe tunisien Loukil, a suscité une forte demande du marché. L'Offre à prix ferme a été sursouscrite plus de cinq fois,...

Lire la suite

Nos offres

Top 500
nosOffresTop500

Découvrez le classement exclusif des 500 premières entreprises africaines.

Découvrir le Hors-série

Top 200
nosOffresTop200

Découvrez le classement exclusif des 200 premières banques africaines.

Découvrir le Hors-série

L'État de l'Afrique
nosOffresEaf

Toutes les clés pour comprendre les (r)évolutions africaines.

Découvrir le Hors-série

  1. LogoSIFIJA
  2. LogoJA_off
  3. LogoTAR_off
  4. LogoRVI_off
  5. LogoJAG_off
  6. LogoBoutique_off
© Jeune Afrique Économie 2012 - Mentions légales | Charte d'utilisation des espaces de dialogue | Contact | Tags