Kenya : attention, économie fragile !

Increase font sizeDecrease font siz | Email | Print

Creusé par les importations, notamment énergétiques, le déficit commercial du Kenya est supéreur à 10% du PIB. © AFP

Les investisseurs ont encore en tête la crise postélectorale de 2007-2008. Depuis, Nairobi a renoué avec une croissance de plus de 5 %, mais seul un scrutin apaisé permettra de consolider ces acquis.

Après cinq années d'instabilité, l'économie kényane aspire à davantage de sérénité. Comme l'ensemble du pays, d'ailleurs, toujours traumatisé par la vague de violence (environ 1 300 morts) qui l'avait traversé après les élections de fin 2007 et avait perturbé durablement les grands indicateurs nationaux, à commencer par la croissance, en berne à 1,5 % en 2008, contre 7 % douze mois plus tôt.

Patrick Obath : "le secteur privé kenyan a pris ses précautions"

Patrick Obath, 50 ans, est président depuis 2009 de la Kenya Private Sector Alliance (Kepsa). L'organisation patronale revendique près de 80 000 membres tous secteurs confondus.

Jeune Afrique : Pensez-vous que le scénario de 2007-2008 pourra être évité ?
Patrick Obath
: Personne dans le pays ne veut connaître à nouveau un tel gâchis. Je ne suis pas inquiet...

Lire la suite de l'entretien ici.

« Le pays vient de dilapider un cycle entier de croissance qui ne pourra être rattrapé que si le contexte politique s'apaise enfin sur la durée », estime Aly-Khan Satchu, l'un des plus éminents analystes kényans, à l'approche des élections générales (présidentielle et législatives) du 4 mars. « Plus l'écart entre les candidats [à la présidence, NDLR] sera important au soir du premier tour et plus l'avenir sera dégagé pour le pays », pronostique encore l'économiste. Les derniers sondages, de plus en plus serrés, ne concourent donc pas à rassurer les milieux d'affaires de la principale puissance économique de l'Afrique de l'Est.

Locomotive

Car malgré les crises politiques qui ont exacerbé les tensions en 2008 puis en 2010, lors du débat constitutionnel, et les aléas climatiques qui ont plombé la production agricole en 2009 et gonflé l'inflation en 2011, le Kenya reste l'une des locomotives de la sous-région. Le pays n'a pas encore de pétrole, mais il dispose déjà de l'une des économies les plus diversifiées du continent et peut s'appuyer sur le dynamisme de son secteur privé ainsi que sur l'émergence d'une classe moyenne estimée aujourd'hui à un cinquième de la population. « Elle joue un rôle primordial dans l'économie, puisque la consommation intérieure contribue chaque année à hauteur de 74 % à la croissance du PIB », précise Aly-Khan Satchu. Le Kenya peut également compter sur la générosité de sa diaspora, première ressource en devises du pays, qui a encore injecté 83 millions d'euros en 2012, permettant ainsi de combler les difficultés rencontrées par les secteurs agricole et touristique, piliers traditionnels de l'économie kényane et qui pèsent plus d'un tiers du PIB.

Cliquez ici.Fort de ces atouts, le pays a certes évité la récession dans laquelle auraient pu l'entraîner un début de guerre civile ainsi que les effets de la crise financière internationale, mais sans avoir retrouvé le rythme qui était le sien avant ces événements. « Le Kenya alignait alors ses meilleurs taux de croissance depuis l'indépendance », rappelle Aly-Khan Satchu. Chaque année, le pays voit bien sa croissance prendre de la hauteur, mais, selon le Fonds monétaire international (FMI), celle-ci ne devrait toujours pas dépasser les 6 % en 2013.

Nairobi n'a pourtant pas perdu son temps ces dernières années. Les observateurs l'assurent : une fois le préalable électoral levé, le pays dispose de tous les éléments nécessaires à son décollage économique. Après avoir frôlé la catastrophe en 2011, avec une inflation qui a culminé à 18,6 %, un shilling kényan malmené sur le marché des changes face au dollar et une place boursière en chute libre, le gouvernement et la Banque centrale ont repris la main l'année suivante pour remettre de l'ordre dans les comptes. L'inflation, toujours préoccupante dans un pays où 40 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, a été ramenée à 7 % et semble désormais maîtrisée ; la devise locale a repris des couleurs grâce à une politique monétaire aussi rigoureuse qu'efficace ; et l'indice boursier du Nairobi Securities Exchange (NSE) a été l'un des plus performants au monde en 2012, avec une hausse de près de 50 %. Signe que, malgré les craintes affichées, les investisseurs n'ont pas abandonné le pays.

Prudence

« Ils auraient tort, vu que Nairobi est la porte d'entrée de l'EAC [Communauté d'Afrique de l'Est], qui est la zone régionale ayant enregistré en 2012 le deuxième meilleur taux de croissance de la planète derrière l'Asie du Sud-Est », souligne Aly-Khan Satchu. En plus de relancer le crédit, au point mort depuis deux ans, la baisse des taux d'intérêt consécutive à celle de l'inflation doit justement soutenir l'investissement, alors que les besoins du pays en infrastructures sont toujours aussi grands. De nombreux projets ont été lancés, de l'extension portuaire de Mombasa à la construction de routes et de centrales géothermiques, « même si les investisseurs étrangers attendent prudemment le résultat des élections », observe Patrick Obath (lire interview), président de la Kenya Private Sector Alliance (Kepsa), première organisation patronale du pays.

Pour le boss de Google, Nairobi est un sacré hub

Pour l'heure, Konza ne donne rien d'autre à voir que la savane à perte de vue le long de la route reliant Nairobi à Mombasa. Mais après des années d'attente, les autorités kényanes y ont enfin lancé, en début d'année, le chantier de ce qui pourrait devenir la Silicon Valley africaine - la « Silicon Savannah ».

Lire la suite ici.

Seul le secteur pétrolier semble ne pas connaître de temps mort, les compagnies multipliant les forages offshore pour que le Kenya devienne un pays producteur d'ici à 2016. Cela devrait « profondément changer la structure économique du pays », selon Aly-Khan Satchu. En plus de rééquilibrer la balance commerciale et de réduire le chômage des jeunes, qualifié de « bombe à retardement » par tous les économistes, l'émergence d'une filière pétrolière permettrait au Kenya de poursuivre la modernisation de son économie, déjà lancée avec succès aussi bien dans le secteur financier que dans celui des télécoms. Reste à réorganiser l'agriculture, qui contribue à un quart du PIB mais reste trop vulnérable aux intempéries, pendant que le tourisme, en regain de forme en 2012, subit encore les contrecoups de 2008. « Il faut restaurer la confiance, celle des touristes comme celle des investisseurs », insiste Patrick Obath. C'est tout l'enjeu économique du scrutin à venir.

Des champions en pleine expansion

Les difficultés conjoncturelles qu'a connues le pays ces dernières années n'empêchent pas son secteur privé de rester le plus dynamique en Afrique de l'Est. Sur les 50 premières entreprises de la zone, 28 sont kényanes. Implanté dans une dizaine de pays d'Afrique de l'Est et d'Afrique centrale, KenolKobil (hydrocarbures), premier groupe de la sous-région, faisait état d'un chiffre d'affaires (CA) de 2,57 milliards de dollars (environ 2 milliards d'euros) en 2011... soit le double de l'année précédente.
De son côté, Kenya Airways (transport aérien), qui couvre 45 destinations à travers le continent et mise sur l'augmentation de ses dessertes en Chine, affiche un CA en 2011 de 1,25 milliard de dollars, ce qui en fait le troisième groupe régional, tous secteurs confondus, derrière son concurrent Ethiopian Airlines. Quant à l'opérateur de téléphonie mobile Safaricom (filiale de Vodafone, 66 % de part de marché au Kenya et 1,24 milliard de dollars de CA en 2011), il se développe localement en misant sur les services à valeur ajoutée tels que les échanges de données, les SMS et les services financiers.

Les grands groupes ont largement entamé leur régionalisation, en commençant par l'Ouganda et la Tanzanie. C'est le cas des leaders de la grande distribution, Nakumatt Holdings (349 millions de dollars de CA en 2011) et Uchumi Supermarket (125 millions de dollars), désormais présents dans la quasi-totalité des pays d'Afrique de l'Est. Si cette expansion se focalise actuellement sur les pays anglophones, l'implantation en Afrique francophone sera la prochaine étape. Le réassureur Kenya Re (76,5 millions de dollars de CA en 2011) a pris les devants en s'installant en Côte d'Ivoire fin 2010. Signe des temps, l'Export Promotion Council a organisé, début février à Kinshasa, une foire d'exposition des entreprises kényanes, afin de promouvoir un partenariat économique avec la RD Congo. F.R.

Increase font sizeDecrease font siz | Email | Print

Autres articles

Décideurs

Maroc : Hassan Ouriagli remplace Hassan Bouhemou à la tête du holding royal SNI

Maroc : Hassan Ouriagli remplace Hassan Bouhemou à la tête du holding royal SNI

Le départ de Hassan Bouhemou de la tête de la Société nationale d'investissement a été acté le mardi 30 septembre. Son remplaçant est Hassan Ouriagli, actuel PDG d'Optorg. S'il est...

Lire la suite

Énergie

Hydrocarbures : l'Algérie attribue ses premières concessions d'exploration depuis 2011

Hydrocarbures : l'Algérie attribue ses premières concessions d'exploration depuis 2011

L'Agence nationale de valorisation des hydrocarbures d'Algérie (Alnaft) a attribué seulement quatre concessions parmi les 31 "périmètres d'hydrocarbures" proposés aux investisseurs nationaux et internationaux en janvier dernier. Aucun des périmètres...

Lire la suite

Analyse

Agriculture : 2014, année de tous les records en Côte d'Ivoire

Agriculture : 2014, année de tous les records en Côte d'Ivoire

Cette année, des récoltes record ont été annoncées dans les secteurs du cacao et de la noix de cajou en Côte d'Ivoire. Des résultats qui montrent, selon les autorités ivoiriennes, l'impact...

Lire la suite

Statistiques nationales

Recalculé, le PIB du Kenya bondit de 25 %

Recalculé, le PIB du Kenya bondit de 25 %

Le PIB du Kenya a été revu à la hausse, il s'établit désormais à environ 53,3 milliards de dollars pour l'année 2013 contre 42,6 milliards auparavant, soit une progression de...

Lire la suite

Mali

Agro-industrie : Malô fait le plein de vitamines

Agro-industrie : Malô fait le plein de vitamines

Malô, une entreprise créée il y a deux ans par les frères Niang au Mali, produit du riz enrichi en micronutriments. Une première en Afrique, sur un marché en pleine...

Lire la suite

Publicité

Mesure d'audience, le maillon faible des télévisions subsahariennes

Mesure d'audience, le maillon faible des télévisions subsahariennes

Alors que médias et annonceurs témoignent d'un intérêt croissant pour l'Afrique, les enquêtes d'audience sont régulièrement critiquées pour leur périodicité et leur méthodologie.

Lire la suite

Médias

Pure players, des challengers en quête d’équilibre

Pure players, des challengers en quête d’équilibre

Les sites internet d'information sont de plus en plus nombreux dans le paysage médiatique africain. Peu d'entre eux parviennent néanmoins à développer un modèle économique viable.

Lire la suite

Stratégie

Le marketing digital étend sa toile en Afrique

Le marketing digital étend sa toile en Afrique

Facebook, internet, les marques jouent une partie de leur avenir en ligne. Les entreprises africaines réagissent en misant de plus en plus sur une communication 2.0. A l'occasion de l'ouverture...

Lire la suite

Industrie

Eurofind réorganise son management

Eurofind réorganise son management

Le groupe industriel Eurofind, propriétaire notamment des Brasseries ivoiriennes, va réorganiser son management suite au décès, il y a quelques mois, de son fondateur, Moustapha Khalil. Décryptage

Lire la suite

Finances publiques

Sénégal : le FMI appelle à accélérer les réformes structurelles

Sénégal : le FMI appelle à accélérer les réformes structurelles

Le FMI a légèrement baissé ses prévisions de croissance, désormais évaluée à 4,5 % pour cette année contre 4,9 % en avril, mais juge "satisfaisant" le premier semestre 2014 de...

Lire la suite

Décideurs

L'institut Choiseul classe ses "100 leaders économiques africains de demain"

L'institut Choiseul classe ses

L'Institut Choiseul vient de publier "Choiseul 100 Africa", un classement annuel identifiant les "leaders économiques de demain" parmi les jeunes dirigeants africains de 40 ans et moins. Certains choix opérés...

Lire la suite

Actu

Cette semaine dans Jeune Afrique

Cette semaine dans Jeune Afrique

Cette semaine, "Jeune Afrique" se penche sur l'Angola. En une décennie seulement, le pays s'est relevé de trente années de guerre fratricide. Grâce au pétrole, il a atteint la plus...

Lire la suite

Bourse

Le tunisien Délice Holding assume son goût du risque

Le tunisien Délice Holding assume son goût du risque

Le groupe laitier s'apprête à introduire 15 % de son capital sur la place locale dans un contexte économique morose. Qu'importe : selon ses dirigeants, deux ans après sa restructuration, c'est le...

Lire la suite

Gouvernance

Finances publiques : c'est le grand nettoyage à Bamako

Finances publiques : c'est le grand nettoyage à Bamako

Pour revenir dans les bonnes grâces des bailleurs de fonds, le Mali n'a eu d'autre choix que de faire le ménage. Le 17 septembre, le directeur des finances du ministère de...

Lire la suite

Fibre optique

Liquid Telecom se renforce au Rwanda

Liquid Telecom se renforce au Rwanda

L’opérateur panafricain de fibre optique Liquid Telecom va investir 34 millions de dollars dans le développement de sa filiale rwandaise. Un pays dont le meilleur atout est sa position géographique-clé,...

Lire la suite

Innovation

Alcatel-Lucent va construire une plateforme "G-Cloud" au Burkina Faso

Alcatel-Lucent va construire une plateforme

Le gouvernement burkinabè a confié la réalisation d'une plateforme "G-Cloud" à l'équipementier telecoms Alcatel-Lucent pour un montant d'environ 47 milliards de FCFA (environ 7 millions d'euros). Cette technologie va offrir...

Lire la suite

Indice Mo Ibrahim

Gouvernance en Afrique : votre pays est-il performant, selon l'indice Mo Ibrahim 2014 ?

Gouvernance en Afrique : votre pays est-il performant, selon l'indice Mo Ibrahim 2014 ?

La fondation Mo Ibrahim a publié, lundi 29 septembre, son indice annuel sur la gouvernance en Afrique. Bilan : l'Afrique progresse globalement, notamment grâce aux questions des droits de l'homme...

Lire la suite

Agro-industrie

Côte d'Ivoire : coup de mou pour l'hévéa

Côte d'Ivoire : coup de mou pour l'hévéa

Alors que le cours du caoutchouc ne cesse de baisser depuis trois ans, les producteurs font le dos rond en attendant des jours meilleurs. Et demandent au gouvernement de moins...

Lire la suite

Panorama

Maurice fait le pari du mix énergétique

Maurice fait le pari du mix énergétique

L'objectif du plan Maurice île durable ? Accroître la part du renouvelable dans la consommation nationale.

Lire la suite

Téléphonie

Cameroun : Camtel revient dans le mobile

Cameroun : Camtel revient dans le mobile

L'opérateur historique camerounais s'est vu attribuer une licence 3G le 26 septembre, quatorze ans après avoir cédé sa licence 2G au sud-africain MTN. Camtel devient le quatrième acteur de la...

Lire la suite

Électricité

Région des Grands Lacs : accord de financement pour la centrale hydroélectrique Ruzizi III

Région des Grands Lacs : accord de financement pour la centrale hydroélectrique Ruzizi III

Un accord de financement a été conclu pour le développement du projet hydroélectrique Ruzizi III. D'un coût de 650 millions de dollars et d'une capacité de 147 mégawatts, ce barrage...

Lire la suite

Nos offres

Top 500
nosOffresTop500

Découvrez le classement exclusif des 500 premières entreprises africaines.

Découvrir le Hors-série

Top 200
nosOffresTop200

Découvrez le classement exclusif des 200 premières banques africaines.

Découvrir le Hors-série

L'État de l'Afrique
nosOffresEaf

Toutes les clés pour comprendre les (r)évolutions africaines.

Découvrir le Hors-série

  1. LogoSIFIJA
  2. LogoJA_off
  3. LogoTAR_off
  4. LogoRVI_off
  5. LogoJAG_off
  6. LogoBoutique_off
© Jeune Afrique Économie 2012 - Mentions légales | Charte d'utilisation des espaces de dialogue | Contact | Tags