Télécoms : l'État algérien acquiert 51% de Djezzy pour 2,64 milliards de dollars.
Turkish Airlines va desservir trois nouvelles destinations africaines : Bamako, Cotonou et Conakry

Côte d'Ivoire : la relance, oui mais...

Increase font sizeDecrease font siz | Email | Print
Mots clés:

La commune du Plateau, à Abidjan, le plus important quartier d'affaires du pays. © DRSur les bords de la lagune Ébrié, à Yamoussoukro ou à San Pedro, la reprise est là. Et plus forte que prévue. Pourtant, si la Côte d'Ivoire a retrouvé la confiance des bailleurs de fonds, celle des investisseurs privés reste mitigée.

Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), n'est-elle pas sortie de son rôle en déclarant, le 8 janvier, que la « réconciliation » des Ivoiriens était un « préalable » à « un nouveau miracle économique » ? Pourquoi la gardienne des grands équilibres macroéconomiques de la planète s'est-elle ainsi immiscée dans la politique intérieure de la Côte d'Ivoire ? Parce qu'il y va de la vigueur et de la pérennité de la renaissance de la première économie d'Afrique de l'Ouest francophone. La reprise est là, à Abidjan, comme à San Pedro ou à Yamoussoukro. Et elle est plus forte que prévu, puisque le FMI a révisé la croissance à la hausse pour 2012, de 8,1 % à 8,6 %. « Les investisseurs reviennent, se félicite Maximilien Lemaire, président de la Chambre de commerce européenne à Abidjan. Dans l'immobilier comme dans l'agroalimentaire, ils ont élaboré des devis en 2012 qu'ils entendent concrétiser en 2013. »

Deux autres signes annoncent une résilience. La Côte d'Ivoire est le seul pays africain non pétrolier à disposer d'une balance commerciale systématiquement excédentaire. Et la Banque africaine de développement (BAD), qui avait émigré à Tunis pour éviter la guerre civile, a lancé un appel d'offres en décembre pour la réhabilitation de ses anciens locaux d'Abid­jan, où elle entend réinstaller son siège.

Cliquez ici.

« Une chance inouïe »

Il faut dire que les atouts de ce pays sont impressionnants : du fer à l'ouest, une trentaine de sites aurifères dans le centre et à l'est (lire p. 104), des réserves d'hydrocarbures au large des côtes qui pourraient changer la Côte d'Ivoire en petit Angola, des cultures d'exportations bien réparties sur le territoire, depuis le coton jusqu'au cacao en passant par la noix de cajou (lire p. 96), l'hévéa et le palmiste.

« La Côte d'Ivoire a une chance inouïe, estime un expert africain. S'il y a la paix, elle est assurée d'une croissance de 4 %. Si, en plus, sa gouvernance est "normale", elle peut compter sur deux points supplémentaires. On peut donc dire que ces 6 % de croissance sont une base qu'elle peut améliorer sans grande difficulté. » C'est en bonne voie. L'équipe Ouattara a fait preuve de rigueur dans la conduite de son budget. Les recettes, notamment douanières, rentrent mieux que prévu, et les dépenses sont sous contrôle. L'inflation demeure sage, autour de 2 %. Des réformes emblématiques sont en cours, comme celle de la filière café-cacao, bien partie pour redonner au petit planteur la rémunération dont il avait été spolié (lire pp. 94-95).

Par ailleurs, les bailleurs de fonds ont montré un soutien sans faille à la Côte d'Ivoire. Ils lui ont remis les trois quarts de sa dette, qui désormais ne dépasse guère les 3 milliards d'euros. « Avant ces annulations de dette, le budget de la Côte d'Ivoire était consacré pour un tiers aux salaires des fonctionnaires, pour un tiers au remboursement de la dette et pour un tiers au fonctionnement et aux investissements, explique Gérald Collange, directeur de l'Agence française de développement (AFD) à Abidjan. Maintenant, il est porteur d'avenir, car le premier tiers est toujours consacré aux salaires, mais le deuxième est réservé au fonctionnement et le troisième aux investissements. »

Manne

Réunis début décembre 2012 à Paris, les bailleurs ont en outre promis de contribuer pour 6,5 milliards d'euros à la réussite du plan national de développement 2012-2015 présenté par le président Ouattara, qui n'en espérait que 3 milliards, pour atteindre une croissance annuelle de 10 % à partir de 2014 et accéder au rang de pays émergent en 2020.

L'unique pays africain non pétrolier doté d'une balance commerciale systématiquement excédentaire.

C'est bien, mais cette manne n'y suffira pas. En effet, les risques que doit affronter la Côte d'Ivoire sont redoutables. Dix années de conflits à répétition ont mis à mal son système éducatif : son taux de scolarisation est devenu l'un des plus bas d'Afrique. On peut donc se faire du souci sur les qualifications, voire sur les qualités civiques des jeunes Ivoiriens.

Pour éviter la persistance d'un chômage massif et une situation sociale explosive, il faudrait que l'agriculture devienne une priorité, car « 70 % de la population en vit », rappelle Gérald Collange. « Elle assure 60 % des exportations et 30 % du PIB du pays, poursuit-il. Elle sera décisive pour relever le défi de la création d'emplois, en passant du stade extensif à l'organisation de filières agro­alimentaires cohérentes, car le secteur manufacturier est incapable d'accueillir les 400 000 jeunes qui arrivent sur le marché du travail chaque année. »

Les infrastructures sont en piteux état. Hors d'Abidjan, bien des routes ne méritent plus ce nom. La politique de subvention de l'électricité, dont profitent indûment les catégories aisées, a privé le réseau de 1,5 milliard d'euros d'investissements en cinq ans. Mais le plus grave est ailleurs. La Côte d'Ivoire occupe la 177e place sur les 185 pays analysés par la Banque mondiale du point de vue du climat des affaires (classement « Doing Business » 2013), et le 130e rang sur les 176 pays passés au crible par l'ONG Transparency International du point de vue de la perception de la corruption.

Exaspération

Autant dire que le pays n'inspire pas encore une grande confiance aux investisseurs privés, qui connaissent les aléas de sa justice et de l'application de son droit foncier. Or ces investisseurs sont absolument indispensables à la réussite du plan 2012-2015. Celui-ci repose sur un apport d'argent public de 6,7 milliards d'euros, mais surtout sur un autre apport de 9,7 milliards de fonds privés. Pour l'instant, le compte n'y est pas. Et il n'y sera pas si les attaques de commissariats ou de casernes reprennent pour faire entendre l'exaspération des partisans de Laurent Gbagbo maintenus au ban de leur pays.

Donc, pas d'investissements privés sans apaisement, et pas d'apaisement sans réconciliation entre les anciens ennemis. C'est le poids de cette équation éminemment politique sur la croissance ivoirienne que Christine Lagarde a voulu rappeler aux dirigeants du pays. Cautériser les plaies de la guerre civile - et le plus vite possible - est un impératif économique.

Increase font sizeDecrease font siz | Email | Print

Autres articles

Transparence

Exclusif : à qui profite l'uranium du Niger ?

Exclusif : à qui profite l'uranium du Niger ?

L'uranium du Niger, au fond, à qui profite-t-il ? À cette question, qui continue de brûler bien des lèvres, il est désormais possible d'apporter des réponses. Jeune Afrique s'y attèle...

Lire la suite

Finance

Gari : jeune fonds, 20 ans, cherche repreneur

Gari : jeune fonds, 20 ans, cherche repreneur

Le Fonds Gari, structure de garantie des crédits, doit faire face au départ de ses actionnaires historiques, qui cèdent 80,56 % du capital. Avis aux repreneurs potentiels : les amateurs sont...

Lire la suite

Agriculture

Agro-industrie : portraits d'hommes de cultures

Agro-industrie : portraits d'hommes de cultures

Ils produisent de l'arachide, des olives ou du coton. Ils viennent du Sénégal, de la Tunisie et du Burkina Faso. Leur point commun : ils promeuvent les savoir-faire locaux. Et...

Lire la suite

Télécoms

L'État algérien rachète 51% de Djezzy

L'État algérien rachète 51% de Djezzy

Après des années de bataille juridique, VimpelCom annonce la cession de 51% du capital de Djezzy au Fonds national d'investissement pour 2,643 milliards de dollars. L'actionnaire russe conserve toutefois le...

Lire la suite

Banque

Le Maroc cède ses parts dans le capital de BCP

Le Maroc cède ses parts dans le capital de BCP

Un accord de cession des parts de l'État marocain dans le capital de BCP a été conclu avec le groupe bancaire. L'État, qui détenait près de 6% des parts, les...

Lire la suite

Finance

OCP lève 1,55 milliard de dollars sur les marchés internationaux

OCP lève 1,55 milliard de dollars sur les marchés internationaux

Le géant marocain des phosphates OCP a levé 1,55 milliard de dollars pour sa première émission obligataire sur les marchés internationaux. L'entreprise publique cherche à financer un plan d'investissement de...

Lire la suite

Interview

Moulay Hafid Elalamy : "Le Maroc doit être généreux avec ses forces productives"

Moulay Hafid Elalamy :

Six mois après son entrée au gouvernement, l'homme d'affaires marocain Moulay Hafid Elalamy vient de dévoiler sa nouvelle stratégie industrielle. Objectif : favoriser l'emploi, la valeur ajoutée et l'export. "Jeune...

Lire la suite

Engrais

Agriculture africaine : place aux intrants !

Agriculture africaine : place aux intrants !

Trop cher, mal distribué, l'engrais n'est pas entré dans les habitudes des cultivateurs du continent. Mais les industriels du monde entier, en quête de débouchés, comptent bien y remédier.

Lire la suite

Télécoms

Orange Horizons va tester de nouveaux "concept stores" en Afrique

Orange Horizons va tester de nouveaux

Orange poursuit le développement de la marque Horizons à travers le continent. La multinationale teste des concepts stores dans plusieurs villes africaines, l'objectif étant d'y ouvrir des franchises fin 2014. 

Lire la suite

Agro-industrie

Côte d'Ivoire : vers un rebond dans le coton ?

Côte d'Ivoire : vers un rebond dans le coton ?

Utilisation de nouvelles semences, formation des cultivateurs, réorganisation des coopératives : la filière coton en Côte d'Ivoire tente de sortir du marasme. Avec un certain succès.

Lire la suite

Maroc

Kool Food finance sa croissance

Kool Food finance sa croissance

Kool Food, le jeune producteur industriel de chocolat fait entrer Abraaj à son tour de table. Objectif de la société marocaine : grandir et exporter.

Lire la suite

Télécoms

Orange Money passe le cap des 10 millions d’utilisateurs

Orange Money passe le cap des 10 millions d’utilisateurs

Orange Money a passé le cap des 10 millions d'utilisateurs dans les 13 pays de la zone Afrique-Moyen-Orient où ce service est disponible. En 2013, 2,2 milliards d'euros de transactions...

Lire la suite

Énergie

Après le Kenya, Aldwych va construire un complexe éolien en Tanzanie

Après le Kenya, Aldwych va construire un complexe éolien en Tanzanie

Les travaux de la première ferme éolienne de Tanzanie vont être lancés au second semestre 2014 à Singida (Ouest du pays). Le projet - d'un coût total de 285 millions...

Lire la suite

Bourse

Maroc : Bensalah et Elalamy règlent leurs comptes... en bourse

Maroc : Bensalah et Elalamy règlent leurs comptes... en bourse

Miriem Bensalah, la patronne des patrons marocains, et Moulay Hafid Elalamy, le ministre de l'Industrie et du Commerce, sont en froid. Selon les analystes du marché casablancais, c'est là qu'il...

Lire la suite

Transfert d'argent

Aïda Diarra, "Madame Afrique" de Western Union

Aïda Diarra,

La Malienne Aïda Diarra est vice-présidente Afrique de Western Union. Son défi : innover pour préserver le leadership du groupe américain dans les flux d'argent à destination du continent.

Lire la suite

Sénégal

Hôtellerie : Mangalis dit Yaas à Dakar

Hôtellerie : Mangalis dit Yaas à Dakar

Mangalis lance Yaas, son enseigne économique, à Dakar. Le premier établissement de la filiale de Teyliom à revêtir la nouvelle marque du groupe devrait ouvrir ses portes au deuxième trimestre 2015.

Lire la suite

Hydrocarbures

Pétrole : Total fait une découverte "prometteuse" en Côte d'Ivoire

Pétrole : Total fait une découverte

Total a annoncé la découverte de pétrole dans l'offshore profond au large de San Pedro, dans le sud-ouest de la Côte d'Ivoire. C'est la première découverte de ce type pour...

Lire la suite

Ostréiculture

Pêche : Dakhla, perle méconnue du Maroc

Pêche : Dakhla, perle méconnue du Maroc

La ville  de Dakhla est devenue le principal centre ostréicole du Maroc. Mais les volumes restent modestes, et les débouchés limités.

Lire la suite

Élevage

Agro-alimentaire : la révolution sera bien élevée

Agro-alimentaire : la révolution sera bien élevée

Plus de viande, plus de produits laitiers : avec l'amélioration du niveau de vie, la demande d'aliments d'origine animale devrait tripler sur le continent d'ici à 2050. Une occasion unique...

Lire la suite

Maroc

Pêche : le port de Safi veut retrouver la cote

Pêche : le port de Safi veut retrouver la cote

Autrefois sacré capitale mondiale de la sardine, le port marocain de Safi fait face à une diminution des prises. Comment sauvegarder son industrie de transformation ? Les entrepreneurs étudient toutes...

Lire la suite

Équipement

Mahindra creuse son sillon en Afrique

Mahindra creuse son sillon en Afrique

Le constructeur indien Mahindra connaît une forte croissance sur le continent, tirée par ses ventes de tracteurs.

Lire la suite

Nos offres

Top 500
nosOffresTop500

Découvrez le classement exclusif des 500 premières entreprises africaines.

Découvrir le Hors-série

Top 200
nosOffresTop200

Découvrez le classement exclusif des 200 premières banques africaines.

Découvrir le Hors-série

L'État de l'Afrique
nosOffresEaf

Toutes les clés pour comprendre les (r)évolutions africaines.

Découvrir le Hors-série

  1. LogoSIFIJA
  2. LogoJA_off
  3. LogoTAR_off
  4. LogoRVI_off
  5. LogoJAG_off
  6. LogoBoutique_off
© Jeune Afrique Économie 2012 - Mentions légales | Charte d'utilisation des espaces de dialogue | Contact | Tags