Le parlement nigérian vote une résolution enjoignant Shell à payer une amende de 4 milliards de dollars pour pollution.
Glencore et Fleurette investissent dans les infrastructures hydroélectriques de la RD Congo.
Assurances : Axa va faire son entrée sur le marché nigérian.
Airtel lance son premier réseau 4G en Afrique, aux Seychelles.

Adama Toungara : Ce que la Côte d'Ivoire veut faire de ses ressources naturelles

Increase font sizeDecrease font siz | Email | Print

Adama Toungara est ministre des Mines depuis 2011. © Camille Millerand/JANégligés ces dernières années, les mines et le pétrole sont devenus un pilier du renouveau économique ivoirien. Pour le ministre ivoirien Adama Toungara, cela passe par une réforme en profondeur du secteur.

La Côte d’Ivoire rêve d’un avenir pétrolier et minier. Négligée pendant une décennie de crise politique et économique, l’exploitation des ressources minières pèse aujourd’hui moins de 1 % de la richesse nationale. Divisée par deux depuis 2006, la production pétrolière est tombée à 32 000 barils par jour du fait de l’ensablement du champ Baobab. Une anomalie au regard du potentiel du pays, estiment certains groupes pétroliers et l’exécutif ivoirien, qui a fait des ressources naturelles un des deux piliers du renouveau économique national, avec l’agriculture.

Les autorités visent ainsi une production de pétrole et de gaz de 200 000 barils par jour. Un chiffre ambitieux au vu de la production actuelle du Ghana voisin, d’environ 80 000 barils par jour. Or en Côte d’Ivoire aucun gisement comparable au champ Jubilee n’a été découvert à ce jour. Côté mines, avec un objectif de production de 15 tonnes en 2015 – soit trois fois plus qu’en 2010 –, l’or est au cœur de la stratégie. En attendant la valorisation d’autres minerais comme le nickel, la bauxite et, surtout, le fer.

Bio express

1971 : Diplômé d’ingénierie pétrolière à l’université de Californie du Sud (États-Unis)
1975 -1981 : DG de Petroci et PDG de la Société ivoirienne de raffinage (SIR)
1981-1993 : Conseiller spécial du président Félix Houphouët-Boigny
2001 : Élu maire d’Abobo
2011 : Nommé ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie

Très discret dans les médias, Adama Toungara, le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, a longuement reçu Jeune Afrique, à Paris, pour exposer la stratégie de l’État ivoirien. Réduction de la surface des concessions minières, taxe sur les superprofits, contentieux frontalier avec le Ghana… Il revient sur tous les dossiers chauds.

Propos recueillis par Pascal Airault et Julien Clémençot

Jeune Afrique : L’État a de grandes ambitions dans les ressources naturelles. Comment les réaliser ?

Adama Toungara : En juin 2011, j’ai rassemblé tous les intervenants du secteur pour un séminaire-bilan à Yamoussoukro. Qu’avons-nous découvert ? La mal-gouvernance, le gel des permis, des attributions clientélistes… Il y avait également un manque de contrôle des activités et une lourdeur de l’administration. Quelque 300 demandes d’opérateurs privés étaient en souffrance dans le domaine des mines. D’autres sociétés avaient une vingtaine de permis et ne faisaient aucune recherche. Elles n’avaient ni les compétences techniques ni les capacités financières pour les exploiter. Leur but était simplement spéculatif. La situation était similaire dans les hydrocarbures. Conséquence : on enregistrait une baisse des activités.

Et qu’avez-vous fait ?

On a tout remis à plat, en concertation avec le secteur privé, et élaboré la vision 2030. On travaille sur tous les aspects : renforcement du cadre réglementaire pour le rendre plus incitatif et améliorer la gouvernance, formation des cadres de l’énergie et des mines, assainissement des sociétés nationales, relance des activités… Un des objectifs est d’intensifier l’exploration afin de multiplier les découvertes et de produire rapidement. Pour aller vite, une quarantaine de permis miniers ont déjà été accordés. Nous avons aussi réduit la surface des concessions minières, comme nous le permet la loi. Sous Laurent Gbagbo, on accordait systématiquement des permis de 1 000 km2. Une hérésie au regard de ce que font nos voisins [250 km2 au Mali et 200 km2 au Burkina Faso, NDLR]. On a donc réduit la superficie à 400 km2.

Les Africains n'accepteront bientôt plus que les sociétés minières étrangères ne reversent pas un centime à l'État. 

Un nouveau code minier est prévu. À quoi faut-il s’attendre ?

Ce code, qui sera soumis aux députés avant le mois de mars, va réduire les démarches administratives, intensifier la recherche et limiter la superficie des permis. Le cahier des charges des exploitants sera plus rigoureux aux niveaux technique et financier. On réaffirme aussi certains principes comme la taxe sur les superprofits, qui a pour ambition de mieux partager les revenus entre l’État et l’opérateur.

Cette taxe est rejetée par les miniers. Les pétroliers, eux, l’acceptent. Pourquoi ?

C’est un problème de culture et de mentalité. Dans les pays européens ou nord-américains, cette taxe est appliquée. On l’appelle la « windfall profits tax ». Mais en Afrique, les sociétés souhaitent faire un maximum de bénéfices. Pourquoi avoir peur ? Si les cours n’augmentent pas, elle ne s’appliquera pas.

Instaurerez-vous aussi des contrats de partage de production, comme cela se fait dans le pétrole ?

C’est une idée révolutionnaire que nous étudions très sérieusement. Toutefois, elle ne figurera pas dans le code minier, car nous comptons en discuter préalablement avec les privés. Nous allons aussi revoir le concept de « l’inventeur » du gisement. Pour moi, les ressources naturelles sont la propriété de l’État et non pas d’un opérateur, qui ne fait qu’assurer un service. Ce concept va passer, c’est une question de temps. Les Africains n’accepteront bientôt plus que des sociétés étrangères bénéficient d’avantages exorbitants en matière de fiscalité et ne reversent pas un centime à l’État. Chez nous, une entreprise qui investit 300 millions d’euros peut récupérer sa mise au bout de deux ans. Elle continue pourtant à bénéficier d’exonérations pendant plusieurs années. Dans notre pays, une seule société aurifère paie l’impôt sur le bénéfice. C’est immoral.

Cliquez sur l'image.Où en sont les projets miniers dans l’Ouest ?

Nous avons de gigantesques réserves de fer aux monts Klahoyo et Tia. Ce projet dort depuis 1971. Le gouvernement a accordé un permis d’exploitation à African Minerals, qui a dix-huit mois pour confirmer les réserves minières. Elle devra aussi démontrer la faisabilité de l’exploitation de ce gisement, qui sera relié au port de San Pedro par une ligne ferroviaire. Dans la ville sera aussi construit un port minéralier. Il s’agit de produire de 20 millions à 25 millions de tonnes de fer par an. Quarante-cinq ingénieurs travaillent sur ce projet. Plus au sud, on pourra aussi exploiter le gisement de fer du mont Gao. C’est un projet intégré qui sera entièrement financé par la société exploitante, pour un coût global de 2 milliards de dollars [1,5 milliard d’euros].

Quelles sont les ressources minières inexploitées ?

Notre pays dispose d’un sous-sol riche d’une grande diversité de matières premières : manganèse, fer, or, nickel, bauxite… La direction des mines et de la géologie, longtemps négligée, doit rejouer un rôle important en matière de recherche. Je vais multiplier son budget par dix.

Où en êtes-vous de votre adhésion à l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) ?

Elle est en cours. Nous prenons toutes les dispositions pour nous conformer à ses règles. Nous voulons aussi adhérer au processus de Kimberley et obtenir la levée de l’embargo onusien sur le commerce de notre diamant.

L’exploration pétrolière est l’autre pan de votre stratégie. Où en êtes-vous ?

Pendant dix ans, il n’y a eu que cinq forages d’exploration. Sur la même période, la Guinée équatoriale a réalisé 40 puits et le Gabon 25. L’État avait fait l’erreur de donner des permis à tout venant. Après inventaire, nous avons approché toutes les compagnies qui n’avaient pas fait de travaux pour leur demander de rendre les permis. Sans grincements de dents, huit permis ont été restitués.

Au large de la Côte d’Ivoire, une plateforme de forage exploitée par le consortium composé de Tullow Oil, Anadarko et Petroci. © TullowCette politique porte-elle ses fruits ?

Tout à fait. D’avril à décembre 2011, huit forages d’exploration ont déjà été réalisés, notamment par Lukoil et Anadarko. Et nous avons beaucoup d’espoir concernant les travaux que Total entreprend en ce moment. En outre, sur la même période, nous avons signé douze contrats de partage de production. Actuellement, sur 51 blocs (dont 44 offshore), 26 sont attribués.

Y a-t-il toujours des négociations avec le Ghana pour résoudre le conflit territorial concernant une zone maritime potentiellement riche en pétrole ?

Les négociations ont été suspendues à la demande du président Ouattara, pour qu’il n’y ait pas d’interférence politique pendant la campagne pour l’élection présidentielle [du 7 décembre 2012] au Ghana. L’objectif est d’aboutir à un règlement amiable. Je veux préciser que la zone de contentieux ne fait pas l’objet de production. Il y a eu des découvertes, mais nous considérons qu’il ne devrait même pas y avoir d’exploration sans notre autorisation.

Se dirige-t-on vers une zone d’exploitation commune avec le Ghana ?

Nous sommes disposés à analyser toutes les éventualités !

Confirmez-vous la volonté de l’État, déjà affichée par l’ex-président Laurent Gbagbo, d’impliquer davantage la société nationale Petroci dans l’exploration pétrolière ?

Cette ambition ne date pas des années 2000. L’État a toujours eu la volonté de faire de Petroci une société dont les activités couvrent la recherche, le raffinage et la distribution. À la fin des années 1970, elle avait déjà réalisé quatre forages. Il ne faut pas oublier que c’est la société nationale qui a découvert le fameux gisement Foxtrot dont le gaz est utilisé pour produire la majeure partie de notre électricité. Petroci n’a pas été créée pour faire de la figuration. Son slogan est : « Produire l’énergie d’une nation forte ». Elle possède déjà une part de tous les blocs pétroliers attribués par la Côte d’Ivoire, mais elle ne doit pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Nous sommes en train de voir avec des pays amis pour que Petroci puisse obtenir des permis d’exploration chez eux.

Increase font sizeDecrease font siz | Email | Print

Autres articles

Industrie

Burkina Faso : le gouvernement de transition veut faire le ménage dans le secteur minier

Burkina Faso : le gouvernement de transition veut faire le ménage dans le secteur minier

Le Burkina Faso compte procéder à un ré-examen des permis d'exploration minière concédés sous la présidence de Blaise Compaoré.

Lire la suite

Assurances

Axa fait son entrée sur le marché nigérian

Axa fait son entrée sur le marché nigérian

AXA, leader mondial de l'assurance, renforce son empreinte africaine en s'offrant pour 198 millions d'euros 77% de Mansard Insurance, quatrième assureur du Nigeria. L'opération intervient quelques jours après l'arrivée sur...

Lire la suite

Développement

Rolf Traeger : "Éradiquer l'extrême pauvreté et la faim avant 2030 est ambitieux mais reste possible"

Rolf Traeger :

Dans un nouveau rapport, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement tente de comprendre les raisons des contre-performances des Pays les moins avancés (PMA) dans la...

Lire la suite

Consommation

SABMiller et Coca-Cola créent une société commune en Afrique

SABMiller et Coca-Cola créent une société commune en Afrique

Les deux géants des boissons vont créer une société commune, appelée Coca-Cola Beverages Africa, dont le chiffre d'affaires attendu s'élève à 2,9 milliards de dollars.

Lire la suite

Social

Les chômeurs marocains bientôt indemnisés

Les chômeurs marocains bientôt indemnisés

C'est une première dans le royaume. Les chômeurs vont être indemnisés à partir du mois de décembre grâce à la nouvelle indemnité pour perte d'emploi (IPE).

Lire la suite

Banque

Maroc : le parlement adopte définitivement la loi sur les banques islamiques

Maroc : le parlement adopte définitivement la loi sur les banques islamiques

Les députés marocains ont finalement adopté le projet de loi autorisant la création de banques islamiques et l'émission par les entreprises privées d'obligations conformes à la charia.

Lire la suite

Tendance

Télécoms : l'essor contrarié des opérateurs virtuels

Télécoms : l'essor contrarié des opérateurs virtuels

S'ils ont connu un développement fulgurant en Europe, aux États-Unis et en Asie, les opérateurs virtuels peinent à percer sur le continent.

Lire la suite

Matières premières

Mauritanie : santé de fer ou petite mine ?

Mauritanie : santé de fer ou petite mine ?

La Société nationale industrielle et minière (Snim) voit grand. Mais la chute de 40 % des cours du minerai pourrait la contraindre à revoir ses ambitions à la baisse.

Lire la suite

Industrie

Cevital retenu pour la reprise de l'aciériste italien Lucchini

Cevital retenu pour la reprise de l'aciériste italien Lucchini

Cevital a été retenu pour la reprise des aciéries Lucchini de Piombino, n° 2 en Italie. Le groupe algérien a présenté un programme d'investissements de l'ordre de 400 millions d'euros,...

Lire la suite

Grande distribution

Carrefour fait son retour en Algérie

Carrefour fait son retour en Algérie

Cinq ans après l'échec d'une précédente implantation, la marque Carrefour fait son retour en Algérie et prépare l'ouverture d'un hypermarché en mars prochain à Alger.

Lire la suite

Conjoncture

Le Cameroun table sur 6,3 % de croissance en 2015

Le Cameroun table sur 6,3 % de croissance en 2015

Le premier ministre Philemon Yang l'a annoncé le 25 novembre lors de la présentation des perspectives économiques à l'Assemblée. En hausse de 13 %, le budget du prochain exercice s'établit...

Lire la suite

E-Commerce

Jumia lève 120 millions d'euros

Jumia lève 120 millions d'euros

En perte, le jeune site de commerce en ligne panafricain se renfloue auprès de ses actionnaires, dont MTN et Millicom, pour poursuivre sa croissance intensive.

Lire la suite

Finance

Nigeria : la Banque centrale dévalue le naira

Nigeria : la Banque centrale dévalue le naira

La Banque centrale du Nigeria a modifié la parité du naira avec le dollar américain. Cette dévaluation intervient alors que le pays subit de plein fouet la baisse des cours...

Lire la suite

E-Commerce

Jumia lève 120 millions d'euros

Jumia lève 120 millions d'euros

En perte, le jeune site de commerce en ligne panafricain se renfloue auprès de ses actionnaires, dont MTN et Millicom, pour poursuivre sa croissance intensive.

Lire la suite

Consumer

CFAO lance cinq enseignes internationales en Afrique

CFAO lance cinq enseignes internationales en Afrique

La Grande Récré, L’Occitane en Provence, Cache Cache, Bonobo et Kaporal seront présents dans les centres commerciaux que CFAO développe dans huit pays subsahariens. Premier élu : la Côte d’Ivoire...

Lire la suite

Actu

Cette semaine dans "Jeune Afrique"

Cette semaine dans

Cette semaine, "Jeune Afrique" se penche sur la stratégie du réseau social mondial Facebook sur le continent.

Lire la suite

Finance

Mauritanie : une BIM en plein boom

Mauritanie : une BIM en plein boom

Elle n'a que trois années d'existence. Mais déjà, la Banque islamique de Mauritanie s'est fait une place dans le paysage bancaire national. Sa recette ? Des services pratiques et, surtout,...

Lire la suite

Étude

Moody's : "L'Afrique subsaharienne est vulnérable au ralentissement de la croissance chinoise"

Moody's :

Les pays d'Afrique subsaharienne ont bénéficié de l'accroissement des liens commerciaux avec la Chine. Selon l'agence de notation Moody's, ils se retrouvent par conséquent plus exposés au ralentissement de la...

Lire la suite

Industrie

L'algérien Cevital va racheter le numéro deux italien de l'acier

L'algérien Cevital va racheter le numéro deux italien de l'acier

Cevital a été retenu pour la reprise des aciéries Lucchini de Piombino, n° 2 en Italie. Le groupe algérien a présenté un programme d'investissements de l'ordre de 400 millions d'euros,...

Lire la suite

Agroalimentaire

Le Cameroun en quête d’un investisseur pour développer une nouvelle sucrerie

Le Cameroun en quête d’un investisseur pour développer une nouvelle sucrerie

Après avoir éliminé la co-entreprise indo-camerounaise Justin Sugar Mills, le gouvernement invite les firmes intéressées à la mise sur pied d'un complexe sucrier à l'est du pays à se manifester...

Lire la suite

Automobile

Renault passe la première en Algérie

Renault passe la première en Algérie

L'usine d'Oued Tlelat, qui vient d'être inaugurée en grande pompe, doit permettre au constructeur de rester en pole position dans le pays. Reportage sous le feu des projecteurs.

Lire la suite

Nos offres

Top 500
nosOffresTop500

Découvrez le classement exclusif des 500 premières entreprises africaines.

Découvrir le Hors-série

Top 200
nosOffresTop200

Découvrez le classement exclusif des 200 premières banques africaines.

Découvrir le Hors-série

L'État de l'Afrique
nosOffresEaf

Toutes les clés pour comprendre les (r)évolutions africaines.

Découvrir le Hors-série

  1. LogoSIFIJA
  2. LogoJA_off
  3. LogoTAR_off
  4. LogoRVI_off
  5. LogoJAG_off
  6. LogoBoutique_off
© Jeune Afrique Économie 2012 - Mentions légales | Charte d'utilisation des espaces de dialogue | Contact | Tags