Cherif Rahmani entend relancer l'industrie algérienne

Increase font sizeDecrease font siz | Email | Print

Cherif-Rahmani-ministre-industrie-Algerie Fanny-ReaL'implantation de Renault à Oran, c'est son boulot. La renationalisation du complexe sidérurgique d'El-Hadjar, c'est pour lui aussi. Cherif Rahmani, le ministre de l'Industrie, est une pièce maîtresse du gouvernement d'Abdelmalek Sellal.

Pas de vacances pour Cherif Rahmani. Entre les conseils au palais du gouvernement, les séances de travail avec son cabinet et les rencontres avec des investisseurs, le ministre algérien de l'Industrie, de la PME et de la Promotion de l'investissement a un agenda bien rempli. Depuis sa nomination en septembre 2012, le rythme n'a pas Cherif-Rahmani infobaissé. Et pour cause : "La relance de l'industrie en Algérie est une urgence", déclarait-il en janvier. Le secteur perd en effet du terrain. En 2012, il représentait moins de 5 % du PIB du pays, contre 7,5 % en 2000. À 68 ans, ce pilier du régime d'Abdelaziz Bouteflika, réputé proche de certains hauts gradés de l'armée et qui compte parmi les leaders du Rassemblement national démocratique (RND, l'un des partis de la coalition présidentielle) est au coeur des dossiers clés qui devront permettre d'inverser cette tendance.

Celui de l'implantation du constructeur automobile Renault dans la région d'Oran n'est pas le moindre. Ce projet de longue date devrait finalement se concrétiser à la fin de 2014, après l'accord conclu à l'occasion de la visite de François Hollande à Alger, en décembre. L'usine sera détenue à 51 % par l'État et à 49 % par le groupe français. Elle produira dès son ouverture 25 000 véhicules par an et passera progressivement à 75 000 unités. À la clé, plusieurs centaines d'emplois et, surtout, l'émergence d'un tissu de "cotraitants" locaux - un terme que Cherif Rahmani juge plus adéquat que celui de "sous-traitants".

Indéboulonnable

Alors que des rumeurs d'un important remaniement ministériel circulent, Cherif Rahmani s'impose comme l'un des hommes clés du gouvernement d'Abdelmalek Sellal. Car outre le dossier Renault, c'est également lui qui pilote le projet de "renationalisation" du complexe sidérurgique d'El-Hadjar (550 km à l'est d'Alger), détenu à 70 % par Arcelor Mittal. L'enjeu est tout aussi important : alors que le chômage - notamment celui des jeunes - reste élevé, l'Algérie entend investir dans ce site pour relancer la production, préserver les 5 500 emplois qu'il compte et en créer de nouveaux. Il faut dire que depuis sa privatisation, en 2001, ce complexe a perdu plus de la moitié de ses emplois, les objectifs de production n'ont jamais été atteints et les outils productifs se sont détériorés par manque d'investissement. Or les besoins de l'Algérie en produits ou matériaux sidérurgiques sont énormes. Cherif Rahmani n'a donc pas droit à l'erreur.

Nous voulons créer un choc de confiance pour encourager les investisseurs.

Pour réussir, sa riche expérience au sein de différents gouvernements ne sera pas de trop. Indéboulonnable, ce diplômé de la première promotion de l'École nationale d'administration, à Alger, a occupé quasiment sans discontinuer différentes fonctions ministérielles depuis 1988 (Jeunesse et Sports, Équipement, Environnement, Tourisme...). Mais c'est surtout en tant que ministre gouverneur du Grand Alger (de 1997 à 2000) qu'il s'est définitivement bâti une notoriété et a étendu sa sphère d'influence... au risque de s'attirer les foudres du président. De fait, Abdelaziz Bouteflika en personne est monté au créneau, en 2000, pour critiquer sévèrement cet "État dans l'État" qui avait engagé des montants colossaux dans la célébration du millénaire d'Alger. Cherif Rahmani sera limogé dans la foulée avant d'être rappelé, quelques mois plus tard, au ministère de l'Aménagement du territoire.

Aujourd'hui, c'est à ce natif d'Aïn Oussara (200 km au sud d'Alger) que le gouvernement confie la mise en place d'une nouvelle politique industrielle... qui, pour le moment, reste abstraite. L'intéressé, lui, assure que son objectif est de favoriser "la création de nouvelles sources de richesses, en faisant appel au savoir-faire international pour localiser, ici en Algérie, des segments d'industrie afin de développer la qualité, l'innovation et la formation des jeunes". Pour se démarquer de ses prédécesseurs et sortir des déclarations de bonnes intentions, cet ancien professeur à l'ENA d'Alger et à l'université de Poitiers (France) insiste sur le fait que sa politique tiendra compte, dans le détail, de "tout ce qui a été dit ou écrit en Algérie ces dernières années". "Nous sommes passés d'un ministre austère à un ministre communicant qui cerne les enjeux", estime Slim Othmani, président de NCA-Rouiba (une société spécialisée dans les jus de fruits) et membre fondateur du Cercle d'action et de réflexion autour de l'entreprise.

Lire aussi :

Algérie : grandes manoeuvres en vue pour relancer l'industrie et combattre le chômage des jeunes
Chérif Rahmani : "Le climat de l'investissement en Algérie sera transformé"
Algérie : le CNI approuve 90 projets d'investissement pour 6 milliards de dollars
Renault s'installe en Algérie

Doléance

Au-delà de l'industrie, c'est au développement de l'ensemble du tissu économique qu'il entend s'attaquer. Et notamment à l'amélioration du climat des affaires - la principale doléance des entrepreneurs locaux. Avec sa 152e place sur 185 dans le classement "Doing Business" 2013 établi par la Banque mondiale, l'Algérie fait pâle figure. La restriction de la liberté d'entreprendre et le manque d'incitations pour investir, cumulés aux lourdeurs administratives et à l'instabilité du cadre juridique, découragent les investisseurs nationaux et étrangers. Résultat : "Quelque 50 % des projets agréés par l'Agence nationale de développement de l'investissement depuis 2002 ont été abandonnés par leurs concepteurs", a récemment déploré le ministre.

En mars, Cherif Rahmani a instauré un comité pour rectifier cette mauvaise donne. Et pour donner un écho particulier à sa démarche, le Forum des chefs d'entreprise a été associé aux discussions. L'initiative a été saluée, mais les patrons attendent plus. "Ce n'est pas la volonté de changement qui manque, mais plutôt les capacités de réalisation concrètes sur le terrain", insiste Slim Othmani. "Nous voulons créer un véritable choc de confiance, notre but étant évidemment d'encourager les investisseurs", assurait Cherif Rahmani à Jeune Afrique en mai. Fin juin, il a présenté au gouvernement un rapport contenant 100 propositions pour libérer le monde des affaires. Pour l'heure, aucun détail n'a filtré sur ce document dont le contenu est en cours d'examen.

Increase font sizeDecrease font siz | Email | Print

Autres articles

Magazine Réussite

Vidéo : de Lagos à Abidjan, dans le bus des startups africaines

Vidéo : de Lagos à Abidjan, dans le bus des startups africaines

Cinq pays traversés en cinq jours : les caméras de Réussite ont suivi quarante entrepreneurs réunis au sein du Ampion Venture Bus, un projet innovant de MyAfricanStartUp.

Lire la suite

Interview

Gervais Rufyiriki : "En cinq ans, 5 000 entreprises ont été créées"

Gervais Rufyiriki :

Nommé en août 2010 deuxième vice-président de la République, chargé des questions économiques, Gervais Rufyiriki passe pour être l'un des seuls véritables techniciens de l'exécutif. Il s'est attelé personnellement à l'amélioration...

Lire la suite

Transport aérien

La compagnie aérienne ECAir a récupéré son avion saisi à Paris

La compagnie aérienne ECAir a récupéré son avion saisi à Paris

La compagnie aérienne Ecair a annoncé dimanche avoir récupéré le Boeing-757 qui avait été saisi à Paris, le 11 avril. Le tribunal de grande instance de Bobigny a finalement donné...

Lire la suite

Portrait

Burundi : Donatien Ndayishimiye, un homme de réseaux

Burundi : Donatien Ndayishimiye, un homme de réseaux

Après avoir redressé l'Office national des télécommunications, Donatien Ndayishimiye a pris la tête de Burundi Backbone System, le consortium chargé d'assurer le maillage du pays en fibre optique.

Lire la suite

Télévision

RTI choisit Emmanuel Chain pour produire son magazine éco

RTI choisit Emmanuel Chain pour produire son magazine éco

Ahmadou Bakayoko, directeur général de la Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI), a conclu un partenariat avec le Groupe Éléphant co-fondé par Emmanuel Chain et Thierry Bizot pour la co-production d'un magazine...

Lire la suite

Énergie

Veolia prend Électricité de Guinée en main

Veolia prend Électricité de Guinée en main

Veolia a remporté le contrat de gestion de la société publique Électricité de Guinée (EDG), a appris "Jeune Afrique".

Lire la suite

Actu

Cette semaine dans "Jeune Afrique"

Cette semaine dans

Dans son édition de cette semaine, “Jeune Afrique” dresse le portrait des grandes figures africaines du trading.

Lire la suite

BTP

Ciments du Maroc consolide ses positions

Ciments du Maroc consolide ses positions

Dans un marché local toujours en berne, la filiale d'Italcementi se bat pour rester numéro deux. Et permettre au groupe italien de poser ses premiers jalons au sud du Sahara.

Lire la suite

Finance

Fitch Ratings prévoit une croissance solide des banques d'Afrique subsaharienne

Fitch Ratings prévoit une croissance solide des banques d'Afrique subsaharienne

Dans un communiqué, l'agence de notation Fitch Ratings prévoit une croissance soutenue des banques d'Afrique subsaharienne. La demande dans le financement des infrastructures et le secteur privé devraient compenser la...

Lire la suite

Mines

Burkina Faso : léger coup de mou pour le secteur minier

Burkina Faso : léger coup de mou pour le secteur minier

Le secteur minier burkinabè a vu sa contribution au budget de l'État dégringoler de 12 % à 168 milliards de F CFA en 2014. Un léger coup de mou qui...

Lire la suite

Magazine Réussite

Déchets : rien n'arrête le camerounais Michel Ngapanoun

Déchets : rien n'arrête le camerounais Michel Ngapanoun

Repris il y a deux décennies par Michel Ngapanoun, Hysacam collecte désormais les ordures dans 14 des plus grandes villes du Cameroun. Reportage sur l'un des rares acteurs africains du secteur...

Lire la suite

Transport aérien

Le ciel s'assombrit encore pour Tunisair

Le ciel s'assombrit encore pour Tunisair

Baisse du transport passager et du fret, des parts de marché et de la rentabilité : au premier trimestre de l'année, les indicateurs de Tunisair ont continué à se dégrader.

Lire la suite

Médias

Sahar Baghery : "En Afrique, la production TV met l'accent sur les aspects positifs"

Sahar Baghery :

Multiplication des chaînes, investissement dans le contenu africain, passage au numérique... Alors que la société de mesure d'audience TV Médiamétrie pousse ses pions en Afrique, Sahar Baghery, l'une de ses directrices, décrypte...

Lire la suite

Reportage TV

Burkina Faso : 2IE, l'école polytechnique panafricaine

Burkina Faso : 2IE, l'école polytechnique panafricaine

A Ouagadougou, au Burkina, l'institut international d'ingénierie de l'eau et de l'environnement (2IE) forme des étudiants venus de toute la sous-région. Découvrez en images cette école qui a développé des...

Lire la suite

Loisirs

Sénégal : Pefaco prépare une razzia sur les casinos

Sénégal : Pefaco prépare une razzia sur les casinos

Le groupe espagnol Pefaco s'apprête à racheter au groupe sénégalais Anfa ses deux casinos à Dakar, a appris "Jeune Afrique".

Lire la suite

Portrait

Moussa Diao : à Genève, ce Sénégalais jongle avec les barils

Moussa Diao : à Genève, ce Sénégalais jongle avec les barils

Eminence africaine du milieu du trading sur les bords du lac Léman, Moussa Diao supervise un portefeuille de plus de 2 millions de tonnes de produits pétroliers chaque année.

Lire la suite

Dette

Le 28 avril, le Tchad atteindra le point d'achèvement PPTE

Le 28 avril, le Tchad atteindra le point d'achèvement PPTE

FMI et Banque mondiale devraient annoncer la semaine prochaine l'atteinte du point d'achèvement de l'initiative PPTE, a appris "Jeune Afrique". Une bouffée d'air pour l'économie et le budget du Tchad,...

Lire la suite

Emploi

Everjobs veut doper le marché de l'emploi en Afrique

Everjobs veut doper le marché de l'emploi en Afrique

Everjobs a choisi le Cameroun pour lancer ses activités, le 23 avril. Opérationnel en Côte d’Ivoire, au Sénégal et en Ouganda, ce portail d'offres d'emploi développé par Africa Internet Group...

Lire la suite

Développement

Longtemps déserté, le Sahara marocain attire enfin les patrons

Longtemps déserté, le Sahara marocain attire enfin les patrons

Fin mars, les provinces du Sud étaient au centre d'un nouveau forum de l'investissement à Laayoune. À la clé, soixante projets et 6 milliards de dirhams (550 millions d'euros) pour...

Lire la suite

Finance

La Côte d'Ivoire veut lever 300 milliards de F CFA en obligations islamiques

La Côte d'Ivoire veut lever 300 milliards de F CFA en obligations islamiques

La Côte d'Ivoire s'allie à la Société islamique pour le développement du secteur privé pour l'émission d'obligations islamiques (sukuk). Le programme, d'un montant de 300 milliards de F CFA (455...

Lire la suite

Finance

La BERD va ouvrir son premier bureau marocain

La BERD va ouvrir son premier bureau marocain

La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) va ouvrir le 28 avril son premier bureau au Maroc. Cette nouvelle implantation permettra à l'institution de mener à bien...

Lire la suite

Nos offres

Top 500
nosOffresTop500

Découvrez le classement exclusif des 500 premières entreprises africaines.

Découvrir le Hors-série

Top 200
nosOffresTop200

Découvrez le classement exclusif des 200 premières banques africaines.

Découvrir le Hors-série

L'État de l'Afrique
nosOffresEaf

Toutes les clés pour comprendre les (r)évolutions africaines.

Découvrir le Hors-série

  1. LogoSIFIJA
  2. LogoJA_off
  3. LogoTAR_off
  4. LogoRVI_off
  5. LogoJAG_off
  6. LogoBoutique_off
© Jeune Afrique Économie 2012 - Mentions légales | Charte d'utilisation des espaces de dialogue | Contact | Tags