Qui est Malta David, troisième héritier de l'empire Forrest ?

Increase font sizeDecrease font siz | Email | Print

Né en 1971 à Kolwezi, Malta David Forrest est le directeur général du Groupe Forrest International (GFI) depuis 2011. © GFIMoins flamboyant, moins controversé mais aussi moins arrangeant que son père George, le directeur général de Groupe Forrest International, Malta David, tarde à se faire un prénom. La diversification du groupe lui doit pourtant beaucoup.

Pas facile d'être l'héritier du « vice-roi du Katanga ». George Forrest, dont le surnom en dit long sur l'envergure, tenait d'une main ferme les rênes du puissant conglomérat familial. Son fils aîné, Malta David Forrest - qui porte le prénom de son grand-père néo-zélandais, fondateur en 1922 de cette dynastie des affaires congolaises -, a endossé les habits de directeur général en 2011, mais hésite encore à se qualifier de « patron ». De fait, malgré ses 73 ans, son père est toujours président du conseil d'administration. Et reste, pour les Congolais et nombre des 8 000 employés de la firme, la figure emblématique du Groupe Forrest International (GFI).

C'est néanmoins le discret Malta qui est à la manoeuvre. Sous sa houlette, le groupe, à l'origine présent dans le secteur minier et la construction, a entamé une métamorphose, investissant avec succès dans l'énergie, l'agroalimentaire et l'aérien. « Nous voulons être perçu comme le partenaire de référence des multinationales en RD Congo. Nous travaillons avec le belge Tractebel dans l'énergie, Kamoto Copper Company [détenu notamment par le suisse Glencore] dans les mines, Brussels Airlines dans l'aérien, l'allemand Heidelberg dans le ciment... Nous bénéficions de leur capacité financière et de leur expertise, et ces groupes profitent en retour de notre connaissance du pays et de nos compétences locales logistiques et techniques », affirme le directeur général, qui a reçu Jeune Afrique au siège du holding de GFI, à Wavre, une banlieue cossue au sud de Bruxelles.

C'est en RD Congo que je suis né et que j'ai grandi. Notre groupe est congolais.

Dur négociateur

« Malta imprime sa marque sur le groupe. Il a été l'artisan du développement de notre filiale dans l'énergie, qui gère la réhabilitation de deux turbines sur le barrage d'Inga II [Bas-Congo] et d'une partie de la ligne à haute tension de 1 500 km le reliant au Katanga », indique Henri de Harenne, conseiller de GFI en Belgique. C'est Malta, aussi, qui a affirmé les ambitions du groupe dans l'élevage. « Entre le père et le fils, les styles sont très différents : là où George était rond, bon vivant et coulant, Malta est plus dur en négociation, presque sec. Mais il a été bien préparé, il connaît ses dossiers, et sa stratégie de diversification commence à porter ses fruits », confie un observateur familier des milieux belgo-congolais.

Ingénieur formé en Belgique dans la même université que son père, il a mis à profit une année sabbatique pour se frotter aux réalités du terrain, d'abord comme ouvrier aux États-Unis, puis comme contremaître à Dubaï. Mais sitôt diplômé, il a fait toute sa carrière dans le groupe familial, principalement au sein de sa filière construction. « J'ai su très tôt que je travaillerais dans le groupe, avec l'envie d'arriver aux commandes, explique-t-il. Comme mes frères et ma soeur, j'ai été éduqué à l'ancienne, mon père était exigeant, il attendait beaucoup de nous. Avant de me confier les rênes, il a pris le temps de m'observer. Certes, être l'aîné facilite les choses en Afrique, mais ce n'est pas la raison de ma position actuelle. »

Profil

• Né en 1971 à Kolwezi
• Ingénieur civil, formé à l’École polytechnique de l’université libre de Bruxelles
• Parle français, swahili et anglais
• Directeur général du Groupe Forrest International depuis 2011

Baptême du feu

Moins flamboyant que son père, il fuit la lumière. Habile, il a su affranchir le conglomérat des connexions politiques trop marquées de George, réputé proche de Mobutu. Mais il n'a pas rompu pour autant avec la Générale des carrières et des mines (Gécamines), entreprise publique clé pour laquelle GFI continue de travailler. Son baptême du feu, c'est en 2008 qu'il l'a fait, en pleine révision des contrats miniers. « À l'époque, avec la crise politique, la situation économique se détériorait, tout le monde faisait face à un assèchement des liquidités, il nous fallait un plan d'action pour diversifier nos activités », se souvient-il. Malta David Forrest, qui menait les négociations, a dû faire des concessions et se séparer dans les meilleures conditions de ses actifs miniers tout en gardant un pied dans le secteur, comme opérateur et non plus comme propriétaire de mines. GFI vient d'ailleurs de décrocher un contrat auprès du groupe canadien aurifère Banro, au Sud-Kivu.

Son prochain défi ne sera pas le plus simple : celui de la transparence. Comme son père, Malta David Forrest refuse de divulguer le moindre chiffre sur l'activité de son groupe, estimée en 2008 à « plus de 200 millions d'euros » (hors banque et aérien) par un connaisseur. « Nous structurons et rassemblons nos différentes filiales [hors activités bancaires] au sein du même holding belge. Cette opération sera clôturée dans un ou deux ans. » Alors seulement, le jeune patron (42 ans) pourra envisager une cotation en Bourse. Il devra pour cela trouver l'appui de son père et de sa fratrie. Aujourd'hui, la société reste en effet entièrement contrôlée par la famille, et deux frères cadets travaillent aux côtés de Malta : basé en Belgique, George Andrew est responsable de la trésorerie, tandis que Mike gère les nouveaux projets à Lubumbashi, principalement dans le sucre et le ciment. Seule l'unique fille de la fratrie, Rowena, a préféré voler de ses propres ailes : elle travaille dans la mode en France.

Lire aussi :

RD Congo : un contrat en or pour Forrest dans le Kivu
RD Congo : la Gécamines confirme le rachat de Platmin
Katanga : les entrepreneurs dans le sillage des compagnies minières

Malta David Forrest, lui, se dit attaché au Katanga. Belge de nationalité, consul honoraire de France à Lubumbashi, il a deux enfants nés d'un premier mariage qui grandissent en France. Mais lui-même passe dix mois par an en RD Congo, surtout au Katanga et un peu à Kinshasa. Même s'il déplore le harcèlement fiscal qui épuise ses équipes, il se dit confiant dans l'avenir : « Bien sûr, il reste des défis importants pour l'amélioration du climat des affaires en RD Congo. Les investisseurs ont besoin d'un cadre légal stable, clair et éthique, estime-t-il. Nous sommes en dialogue constant avec les autorités, à tous les niveaux. Nous sommes confiants, les choses s'améliorent, notamment sur le plan de la gouvernance et de la sécurité, et y compris dans l'Est [terrain de nombreuses rébellions], où nous comptons une cimenterie et des activités minières. »

Relève

S'il revient environ deux mois par an en Europe - en Belgique et en France -, Malta David Forrest affirme que la RD Congo restera la base de GFI, présent également au Congo voisin et au Kenya. « Notre groupe est congolais, assène-t-il. C'est en RD Congo que je suis né, que j'ai grandi, et ma résidence principale est à Lubumbashi. Après mes études en Belgique, je ne me suis même pas posé la question de rester là-bas. J'ai toujours voulu faire ma vie à Lubumbashi, et c'est là que mes enfants grandiront. » Pour Malta David Forrest, la relève est assurée, quatre-vingt-dix ans après la fondation du groupe par son grand-père.

Increase font sizeDecrease font siz | Email | Print

Autres articles

Transport aérien

Le ciel s'assombrit encore pour Tunisair

Le ciel s'assombrit encore pour Tunisair

Baisse du transport passager et du fret, des parts de marché et de la rentabilité : au premier trimestre de l'année, les indicateurs de Tunisair ont continué à se dégrader.

Lire la suite

Médias

Sahar Baghery : « En Afrique, la production TV met l'accent sur les aspects positifs »

Sahar Baghery : « En Afrique, la production TV met l'accent sur les aspects positifs »

Multiplication des chaînes, investissement dans le contenu africain, passage au numérique... Alors que la société de mesure d'audience TV Médiamétrie pousse ses pions en Afrique, Sahar Baghery, l'une de ses directrices, décrypte...

Lire la suite

Reportage TV

Burkina Faso : 2IE, l'école polytechnique panafricaine

Burkina Faso : 2IE, l'école polytechnique panafricaine

A Ouagadougou, au Burkina, l'institut international d'ingénierie de l'eau et de l'environnement (2IE) forme des étudiants venus de toute la sous-région. Découvrez en images cette école qui a développé des...

Lire la suite

Loisirs

Sénégal : Pefaco prépare une razzia sur les casinos

Sénégal : Pefaco prépare une razzia sur les casinos

Le groupe espagnol Pefaco s'apprête à racheter au groupe sénégalais Anfa ses deux casinos à Dakar, a appris "Jeune Afrique".

Lire la suite

Portrait

Moussa Diao : à Genève, ce Sénégalais jongle avec les barils

Moussa Diao : à Genève, ce Sénégalais jongle avec les barils

Eminence africaine du milieu du trading sur les bords du lac Léman, Moussa Diao supervise un portefeuille de plus de 2 millions de tonnes de produits pétroliers chaque année.

Lire la suite

Dette

Le 28 avril, le Tchad atteindra le point d'achèvement PPTE

Le 28 avril, le Tchad atteindra le point d'achèvement PPTE

FMI et Banque mondiale devraient annoncer la semaine prochaine l'atteinte du point d'achèvement de l'initiative PPTE, a appris "Jeune Afrique". Une bouffée d'air pour l'économie et le budget du Tchad,...

Lire la suite

Emploi

Everjobs veut doper le marché de l'emploi en Afrique

Everjobs veut doper le marché de l'emploi en Afrique

Everjobs a choisi le Cameroun pour lancer ses activités, le 23 avril. Opérationnel en Côte d’Ivoire, au Sénégal et en Ouganda, ce portail d'offres d'emploi développé par Africa Internet Group...

Lire la suite

Développement

Longtemps déserté, le Sahara marocain attire enfin les patrons

Longtemps déserté, le Sahara marocain attire enfin les patrons

Fin mars, les provinces du Sud étaient au centre d'un nouveau forum de l'investissement à Laayoune. À la clé, soixante projets et 6 milliards de dirhams (550 millions d'euros) pour...

Lire la suite

Finance

La Côte d'Ivoire veut lever 300 milliards de F CFA en obligations islamiques

La Côte d'Ivoire veut lever 300 milliards de F CFA en obligations islamiques

La Côte d'Ivoire s'allie à la Société islamique pour le développement du secteur privé pour l'émission d'obligations islamiques (sukuk). Le programme, d'un montant de 300 milliards de F CFA (455...

Lire la suite

Finance

La BERD va ouvrir son premier bureau marocain

La BERD va ouvrir son premier bureau marocain

La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) va ouvrir le 28 avril son premier bureau au Maroc. Cette nouvelle implantation permettra à l'institution de mener à bien...

Lire la suite

Grande distribution

Le tunisien Monoprix revoit sa stratégie à l'international

Le tunisien Monoprix revoit sa stratégie à l'international

À l'occasion de la présentation de ses résultats annuels, SNMVT-Monoprix a insisté sur sa volonté de se concentrer sur un marché tunisien plus concurrentiel. Les plans de développement en Libye...

Lire la suite

Consommation

Heineken et CFAO vont investir 100 milliards de F CFA dans leur brasserie d'Abidjan

Heineken et CFAO vont investir 100 milliards de F CFA dans leur brasserie d'Abidjan

Le géant néerlandais des boissons et le groupe de distribution panafricain CFAO vont investir 100 milliards de francs CFA (152 millions d'euros) pour construire une brasserie à Abidjan, la capitale...

Lire la suite

Finance

Hôtellerie : Teyliom cherche à lever 50 millions de dollars

Hôtellerie : Teyliom cherche à lever 50 millions de dollars

Selon les informations recueillies par "Jeune Afrique", le holding Teyliom cherche à lever une cinquantaine de millions de dollars sous forme de fonds propres. Yigo Thiam, son directeur général, a...

Lire la suite

Private equity

Afrique du Nord : les fonds levés par les capital-investisseurs en chute de 65 %

Afrique du Nord : les fonds levés par les capital-investisseurs en chute de 65 %

Selon des statistiques de l'association Empea, les fonds levés par les professionnels du "private equity" pour investir en Afrique du Nord sont tombés à 83 millions de dollars en 2014....

Lire la suite

Burundi

Développement durable : Tanganyika & dolce vita

Développement durable : Tanganyika & dolce vita

Au coeur de la vallée du rift, le grand lac alimente les pays limitrophes en eau potable. Mais la pollution, la surpêche et l'érosion des côtes menacent ce coin de...

Lire la suite

Climat

Niger : 2,5 millions de personnes en situation d'insécurité alimentaire

Niger : 2,5 millions de personnes en situation d'insécurité alimentaire

Plus de 2,5 millions de personnes se trouvent en insécurité alimentaire au Niger, a déclaré le ministre nigérien de l'Agriculture, Maïdagi Allambeye. Une situation qu'il explique par des conditions climatiques...

Lire la suite

Transports aériens

Lourdement endetté, Kenya Airways va réduire sa flotte

Lourdement endetté, Kenya Airways va réduire sa flotte

Endettée à hauteur de 830 millions de dollars, la compagnie aérienne Kenya Airways s'apprête à céder ses appareils les plus anciens et plusieurs actifs fonciers.

Lire la suite

Sierra Leone

Shandong Iron & Steel arrache la mine de Tonkolili à African Minerals

Shandong Iron & Steel arrache la mine de Tonkolili à African Minerals

Le chinois Shandong Iron and Steel a racheté à African Minerals 75 % des participations restantes dans la mine de fer de Tonkolili, en Sierra-Leone. Placée sous administration judiciaire fin...

Lire la suite

Agriculture

Burundi : la filière café à la peine

Burundi : la filière café à la peine

Vieillissement du verger, aléas climatiques, libéralisation mal ficelée, manque d'investisseurs étrangers... Rien ne va plus pour la filière café, qui peine à franchir le cap de l'industrialisation.

Lire la suite

Finance

La BOAD veut lever 70 milliards de F CFA

La BOAD veut lever 70 milliards de F CFA

La Banque ouest-africaine de développement (BOAD) a lancé un emprunt obligataire de 70 milliards de F CFA (107 millions d'euros). Les souscriptions aux obligations sont ouvertes jusqu'au 30 Avril 2015.

Lire la suite

Hydroélectricité

Lom Pangar : à la découverte du plus grand ouvrage jamais réalisé au Cameroun

Lom Pangar : à la découverte du plus grand ouvrage jamais réalisé au Cameroun

Au Cameroun, le barrage de Lom Pangar va résorber le déficit de production d'électricité du pays. Le magazine Réussite vous emmène sur le site de construction, où l'ambiance entre le...

Lire la suite

Nos offres

Top 500
nosOffresTop500

Découvrez le classement exclusif des 500 premières entreprises africaines.

Découvrir le Hors-série

Top 200
nosOffresTop200

Découvrez le classement exclusif des 200 premières banques africaines.

Découvrir le Hors-série

L'État de l'Afrique
nosOffresEaf

Toutes les clés pour comprendre les (r)évolutions africaines.

Découvrir le Hors-série

  1. LogoSIFIJA
  2. LogoJA_off
  3. LogoTAR_off
  4. LogoRVI_off
  5. LogoJAG_off
  6. LogoBoutique_off
© Jeune Afrique Économie 2012 - Mentions légales | Charte d'utilisation des espaces de dialogue | Contact | Tags