Tunisie : comment Poulina dompte la crise

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Poulina-Tunisie-metaux PoulinaGestion pragmatique des conflits sociaux, diversification sectorielle, développement à l'international... Telles sont les recettes de Poulina, premier groupe privé tunisien, pour faire face à une conjoncture morose.

Nous sommes à Ezzahra, ville côtière de la banlieue sud de Tunis. Le siège de Poulina Group Holding, où travaillent quelque 400 cadres, est un immeuble des plus banals, simplement reconnaissable à l'enseigne du groupe. La discrétion du lieu contraste avec les grandes bâtisses aux baies vitrées des banques tunisiennes, dans le centre-ville de la capitale.

Poulina-Tunisie Poulina

Mais ne vous fiez pas aux apparences : tandis que les institutions bancaires affichent une santé financière précaire, le groupe fondé et dirigé par l'industriel Abdelwahab Ben Ayed - et dont 30 % du capital est coté à la Bourse de Tunis depuis 2008 - est l'un de ceux qui résistent le mieux à la conjoncture particulièrement défavorable dans le pays.

À l'écoute

En témoignent ses chiffres : pour 2013, la direction table sur une croissance du chiffre d'affaires de 12 %, après avoir connu en 2012 une hausse de 15 % sur un an (et de 27 % depuis 2010), pour atteindre 1,35 milliard de dinars (657 millions d'euros). Le résultat net suit la même tendance, avec une augmentation de 12 % depuis 2010, à 82 millions de dinars en 2012. Dans le même temps, le petit marché tunisien (moins de 11 millions d'habitants) a pourtant été plongé dans un climat économique morose, avec une récession de 1,9 % en 2011 et une croissance limitée à 3,6 % en 2012.

Les clés de ces performances ? D'abord, la gestion habile des différents soubresauts qu'a vécus le pays. "Outre la crise financière internationale et la hausse des cours mondiaux des matières premières, nous avons dû affronter les révolutions en Tunisie et en Libye", rappelle Karim Ammar, le numéro deux du groupe, qui assure que Poulina "avance malgré tout dans la bonne direction". Par exemple dans le domaine social : "Nous essayons d'être à l'écoute de nos salariés. Toutefois, nous ne répondons pas aux revendications que nous jugeons excessives. C'est une gestion délicate", reconnaît le directeur central.

Ainsi, à Sfax (270 km au sud de Tunis), une usine de fabrication de céramiques n'est toujours pas entrée en service. Les grévistes réclament que tous les employés soient originaires de la région. Une revendication à laquelle la direction oppose un refus catégorique. "C'est une question de principe", se justifie Karim Ammar. Les tensions sociales nées de la révolution ont également eu un impact sur la masse salariale du groupe, dont le montant a explosé de 50 % entre 2010 et 2012 sans qu'il ait été procédé à des recrutements supplémentaires significatifs. Quant au taux d'utilisation des capacités de production, il a chuté de 20 % à 30 % selon les filiales. "L'automatisation grandissante dans nos sites nous permettra de diminuer les aléas liés aux conflits sociaux", affirme le bras droit d'Abdelwahab Ben Ayed.

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Empire

La bonne résistance du groupe face à la crise tient aussi à la diversification de ses activités. Créé en 1967, Poulina s'est d'abord spécialisé dans l'alimentation pour les volailles, avant d'embrasser l'ensemble de la chaîne avicole (production, stockage et distribution) et de devenir leader du secteur en Tunisie. Puis le groupe a évolué progressivement vers d'autres métiers, jusqu'à former un véritable empire industriel. Aujourd'hui, il compte une centaine de filiales évoluant dans neuf domaines d'activité : intégration avicole (40 % de son chiffre d'affaires), immobilier, travaux publics, bois et biens d'équipements, produits de grande consommation, emballage, transformation d'acier, matériaux de construction, commerce et services. Et chacune de ces filiales rend quotidiennement compte de son activité au siège.

Poulina-volaille Poulina

Depuis deux ans, Poulina a accéléré sa diversification dans les services afin de rééquilibrer son portefeuille d'activités vers des secteurs non industriels. "Il est indispensable de s'adapter à l'économie tunisienne, qui tend vers les services", souligne Abdelwahab Ben Ayed. De fait, le premier groupe privé tunisien a signé, début juillet, un partenariat stratégique dans l'externalisation informatique avec le français Schneider Electric. Objectif de cette alliance : créer en 2014 le plus grand data center (centre de traitement de données informatiques) du pays à El Agba, dans la banlieue ouest de Tunis. En 2012, toujours dans cette optique de diversification dans les services, Poulina avait déjà acquis, au côté de son compatriote Amen Group, 60 % du capital du distributeur automobile Ennakl, pour 231 millions de dinars (113 millions d'euros).

Reste que cette stratégie d'investissement tous azimuts a un inconvénient : le taux d'endettement, c'est-à-dire le rapport entre les dettes nettes et les fonds propres, atteignait 150 % à la fin de 2012. "La politique d'investissement de Poulina s'est souvent révélée rentable, mais comme les montants engagés sont élevés, cette rentabilité n'est pas très perceptible à court terme. Nous attendons un retour sur investissement plus intéressant dans les prochaines années", tempère Rym Gargouri Ben Hamadou, analyste chez l'intermédiaire boursier Tunisie Valeurs.

Margarine

Outre les secteurs, Poulina s'est aussi diversifié géographiquement. "Au Maghreb [le groupe est présent au Maroc, en Algérie et en Libye], nous consolidons nos acquis, précise Karim Ammar. Il est temps d'avoir un retour sur investissement." Ainsi, en Libye, où le groupe est actif dans l'agroalimentaire, les matériaux de construction ou l'emballage, la reprise de l'activité depuis janvier offre de belles perspectives. En Afrique subsaharienne, Poulina exporte déjà vers une trentaine de pays et dispose d'une filiale à Dakar, Med Oil Sénégal, spécialisée dans la production d'huiles de table et de margarine. Au total, il réalise aujourd'hui environ 15 % de son chiffre d'affaires hors de ses frontières. Une proportion qu'il entend accroître significativement en se tournant davantage vers l'extérieur.

Poulina-alimentaire Poulina

Ben Ayed toujours aux commandes

Désigné en 2006 par Abdelwahab Ben Ayed, fondateur et PDG de Poulina Group Holding, comme futur numéro un, Karim Ammar, l'actuel directeur central, attend sereinement cette passation de pouvoir.

"La succession se passe de manière calme et réfléchie, elle se fera naturellement. Nous n'avons plus de domaines réservés, comme cela a pu être le cas par le passé, et je suis informé de toutes les décisions. C'est à la fois formateur, bénéfique et agréable". Mais Abdelwahab Ben Ayed, 75 ans, est-il vraiment prêt à céder sa place ? "Cela ne me gêne pas de passer le flambeau, promet l'intéressé. Je souhaiterais même que cela se fasse plus vite. Mais mon départ ne doit pas affecter le groupe". Aucun calendrier n'est pour l'heure arrêté.

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