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Coton : le Bénin reprend difficilement la main

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L'industrie cotonnière assure un revenu à plus d'un tiers de la population du pays. © Yannick Tylle/CorbisDepuis qu'il a évincé l'homme d'affaires Patrice Talon, au printemps 2012, l'État du Bénin cherche à réorganiser la première filière agricole du pays, qu'il a décidé de contrôler directement. Non sans difficulté.

« Nous n'avons pas d'herbicides alors que les premiers plants déjà en terre en ont besoin. Nous ne savons rien sur l'approvisionnement en intrants pour cette campagne. La télévision indique que les intrants sont disponibles mais ici, sur le terrain, nous ne voyons rien venir », constate Pascal Kassa, cotonculteur à Kotopounga, au nord-ouest de Cotonou. 

ITINÉRAIRE D'UN MAGNAT DÉCHU

Né à Ouidah, à l'ouest de Cotonou, Patrice Talon a bâti un empire cotonnier dès le milieu des années 1980 en créant la Société de distribution intercontinentale (SDI), spécialisée dans l'importation d'intrants. À la suite de l'élection à la présidence de Boni Yayi en 2006, il acquiert en août 2007 la division coton de la Société nationale pour la promotion agricole (Sonapra), avec ses usines d'égrenage, et devient le « roi du coton ». Puis il crée en octobre 2008 la Société de développement du coton (Sodeco, dont il est actionnaire à 51 %), qui comprend quinze usines. Dès lors, Patrice Talon maîtrise l'ensemble de la filière, de la production jusqu'à l'égrenage. Mais, en avril 2012, il est écarté, accusé de mauvaise gestion des 12 milliards de F CFA (18 millions d'euros) débloqués par l'État pour subventionner l'achat d'intrants pour la campagne cotonnière 2011-2012. En octobre dernier, il est soupçonné d'être à l'origine d'une tentative d'assassinat par empoisonnement du président Boni Yayi. Réfugié en France, il fait depuis l'objet d'une demande d'extradition. La justice française a demandé le 22 mai au gouvernement béninois un « complément d'information » pour se prononcer. F.V.

 

Comme lui, bon nombre de paysans ayant mis en terre leurs plants de coton pour la campagne actuelle - qui a débuté en mai et s'achèvera en avril 2014 - s'interrogent sur l'approvisionnement en intrants (engrais, semences, produits ­phytosanitaires, etc.), essentiel pour les résultats de la filière. De fait, lors de la dernière campagne, celui-ci a connu de sérieux problèmes à la suite de la décision de l'État, en avril 2012, de rompre les contrats qui le liaient aux entreprises de Patrice Talon. L'homme d'affaires a été placé en garde à vue en sa qualité de président du comité de gestion de la Centrale de sécurisation de paiement et de recouvrement (CSPR) pour mauvais usage de la subvention d'intrants allouée pour la campagne 2011-2012 (lire encadré).

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« Le vrai problème, c'est que depuis la mise à l'écart de Patrice Talon, la filière est désorganisée. C'est logique, celui-ci en détenait le quasi-monopole, de la production à l'égrenage et au placement sur le marché international, depuis plus de vingt ans. Du jour au lendemain, l'État a dû mettre en place son propre système d'approvisionnement en intrants et de suivi des paysans », explique l'agro­économiste Marcel Kouassi, spécialiste des questions liées à l'approvisionnement en intrants cotonniers au Bénin. Autre problème : depuis la mise à l'index du clan Talon, « des gens qui ne connaissaient rien à cette filière se sont découvert une vocation d'affairistes du coton en s'improvisant fournisseurs d'intrants », poursuit-il. De fait, leur pénurie lors de la dernière campagne a fait redouter une année blanche pour le coton. Et, mi-juin 2012, afin d'éviter un tel scénario, l'État avait été contraint de saisir au large de Cotonou un navire contenant des intrants commandés par Patrice Talon...

PRIS DE COURT. Pour la campagne en cours, le ministère de l'Agriculture a lancé en décembre des appels d'offres pour la fourniture d'intrants au profit de la Société nationale pour la promotion agricole (Sonapra). La procédure a débouché en janvier sur la sélection de quinze entreprises, mais le gouvernement a finalement décidé de négocier directement avec des sociétés allemandes et maliennes. « Nous avons pris les devants pour ne pas être à nouveau pris de court. Les saisons passées, les entreprises sélectionnées avaient promis de livrer les intrants et nous avons attendu, en vain. Nous avons pris nos responsabilités pour éviter que cela ne se reproduise », se défend Issifou Kogui N'Douro, le ministre d'État chargé des Affaires présidentielles.

En 2012-2013, le gouvernement, qui attendait une production de 600 000 tonnes, avait été à plusieurs reprises obligé de revoir ses ambitions à la baisse - 226 000 tonnes seulement avaient été récoltées. Pour la prochaine campagne, le ministère de l'Agriculture table cette fois sur 500 000 tonnes.

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