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Start-ups africaines : en attendant la success-story

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Le déploiement ultrarapide de la fibre optique devrait, en apportant internet partout sur le continent, provoquer le boom de l'innovation technologique. DRAvec la généralisation des nouvelles technologies, les conditions semblent réunies pour voir émerger des champions de l'innovation en Afrique francophone. Les initiatives ne manquent pas, mais États et grands groupes doivent s'impliquer davantage.

Âgé d'à peine 40 ans, Moustapha Kane fait partie des vétérans de la communauté high-tech sénégalaise. Cet entrepreneur de la première génération, installé au sein de l'incubateur CTIC, à Dakar, vient de lancer sa deuxième entreprise, Amarante, après avoir réussi à revendre la première, People Input, lancée en 2002. Opérationnel depuis sept mois, Amarante permet d'acheter, d'échanger ou de vendre du crédit téléphonique des trois opérateurs de téléphonie mobile présents dans le pays. « Nous voulons que le airtime [temps de communication, NDLR] devienne une véritable monnaie d'échange », explique Moustapha Kane.

Partout en Afrique, les jeunes diplômés, souvent issus de la diaspora, sont de plus en plus nombreux à tenter l'aventure entrepreneuriale.

Partout en Afrique, les jeunes diplômés, souvent issus de la diaspora, sont de plus en plus nombreux à tenter l'aventure entrepreneuriale. Le mouvement a commencé en Afrique anglophone : Nairobi est ainsi devenu La Mecque de l'innovation technologique en Afrique, aux côtés d'Accra, de Lagos et, bien sûr, de Johannesburg. Preuve de ce boom, la Toile africaine bouillonne de projets innovants jusqu'en Afrique francophone, qui, malgré un léger retard, suit désormais la route tracée par les anglophones.

Le marocain Greendizer est ainsi l'une des toutes premières entreprises au monde à proposer la dématérialisation de factures grâce à une plateforme logicielle en ligne. Le Sénégalais Serigne Massamba Ndour a créé Marodi.tv, un site de télévision à la demande, après quatre ans chez IBM, en France. En Tunisie, Hafedh Haddad est en train de monter B2G Life Sciences, une entreprise de services à l'industrie des biotechnologies, après dix ans dans la recherche chez plusieurs laboratoires français. Enfin, au Cameroun, Njorku - qui signifie « éléphant » dans la langue natale de son fondateur, Churchill Nanje Mambe - propose une plateforme de recrutement en ligne. Manque désormais aux pays francophones leur grande success-story, comme celle que l'Afrique du Sud a connue avec le réseau social Mxit.

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L'un des facteurs clés du succès ? L'existence et la structuration de pépinières, incubateurs et autres tech hubs. Pionnière dans ce domaine, la Tunisie a pris de l'avance et a ouvert dès les années 1990 une dizaine de parcs technologiques. Telnet, une société de services en ingénierie informatique de premier plan, en est issue. Le Maroc a lancé le Technopark de Casablanca en 2001. À Dakar, le CTIC, conçu lui aussi sur un modèle d'actionnariat mixte, a ouvert ses portes en 2011. Pour Omar Cissé, son directeur, l'écosystème local se structure peu à peu : « Le pays bénéficie de bonnes infrastructures de télécommunications, d'une stabilité politique et d'un statut de hub sous-régional pour la formation dans les nouvelles technologies », estime-t-il.

L'autre élément clé, c'est l'implication de l'État. « Il faut d'une part supprimer l'impôt sur les trois premières années, d'autre part établir des incitations fiscales pour canaliser l'épargne vers les jeunes entreprises. Si elles réussissent, elles deviendront rapidement de gros contributeurs au budget de l'État. Mais il ne faut pas les étouffer dans l'oeuf ! » insiste Khalil Azzouzi, directeur général du marocain Dayam, l'un des rares fonds de capital-risque en Afrique. L'État doit aussi faire davantage pour limiter les tracasseries administratives. « En Algérie, pour être inscrit au registre du commerce, il est obligatoire d'avoir un local pour lequel il faut payer un an de loyer à l'avance. À l'heure où il suffit d'un PC pour lancer une entreprise, c'est absurde ! » se lamente Krimo Salem, un entrepreneur algérien basé dans la Silicon Valley, le temple des nouvelles technologies, en Californie (États-Unis).

Essaimage

Enfin, nombreux sont les chefs d'entreprise qui se plaignent du comportement des grands groupes. Ces derniers sont peu nombreux à faire appel aux start-up pour développer des programmes innovants, quand ils ne cherchent pas tout simplement à les étouffer. Dans tous les pays du monde, pourtant, la pratique dite de l'essaimage (soutien apporté par un groupe à ses salariés pour la création d'une autre entreprise) est au coeur de l'innovation.

Reste que, malgré ce manque de soutien, le mouvement semble inexorable, grâce notamment au succès fulgurant de la téléphonie mobile. La deuxième révolution technologique en Afrique - celle du déploiement ultrarapide des smartphones à bas prix - devrait, en apportant internet partout sur le continent, provoquer le boom de l'innovation technologique dont les pays francophones ont plus que besoin.

Des événements dévolus à cette cause existent : Maghreb Start-up Initiative, Algerian Start-up Initiative et autres « start-up week-ends » organisés partout à travers le monde, notamment à Dakar et à Abidjan. Et les acteurs du secteur s'organisent : des initiatives 100 % privées, comme JokkoLabs et Synapse Center à Dakar, Akendewa à Abidjan ou ActivSpaces à Buea, au Cameroun, permettent aux jeunes entrepreneurs de se rencontrer et de travailler ensemble. Grâce à ces tech hubs, ils ont désormais une communauté au sein de laquelle échanger, souligne Moustapha Kane, qui ajoute : « C'était loin d'être le cas quand j'ai monté ma première entreprise ! »

 

 

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